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dim
27
avr ' 08

Coke en stock ou le bal des faux-culs


Déjà, dans Coke en Stock, sous la ligne claire d'Hergé, il y avait au fond de la cale des navires des clandestins en quête de travail, même sale, même sous-payé, même provisoire, dans un monde de lait et de miel. Déjà les armateurs jouaient les vierges effarouchées, les quartiers-maîtres feignaient l'étonnement devant le contenu des soutes.



Rien n'a donc vraiment changé depuis 1958.

Depuis quelques semaines, les clandestins ont quitté la cale pour rejoindre le pont. Au risque de se transformer en cibles faciles pour la milice de Brice Hortepen™. Au risque sciemment mesuré de devoir retourner à la misère de l'Afrique qu'ils avaient préféré quitter pour tout juste nourrir leur famille.

Car au SΔrkΘhstan™, la traque est devenu la règle : que ce soit du chômeur-fainéant, du RMIste-tire-au-flanc ou du sans-papier-parasite[1] : le principe est de pousser le plus démuni dans ses derniers retranchements. Tant est si bien que, comme les condamnés à mort n'ont plus rien à perdre, les plus faibles d'entre nous comprennent que pour s'en sortir, il va leur falloir tenter l'impossible, dans le vacarme le plus assourdissant possible.

Tout cela finira donc très mal. Le capitalisme financier et la conjoncture économique suffiraient à générer le désordre social. La politique du bouc-émissaire, cette stratégie de la peur, de la dénonciation de Sarkozy et sa horde accélèrent le processus. Non, décidément, rien de bon ne peut découler de ce que nous vivons depuis un an, cette politique du couteau sous la gorge qui conduit des hommes à jouer leur va-tout.



C'est donc le cas de ces sans-papiers qui sortent de leur habituelle tenue transparente de citoyens-fantômes pour endosser celle de militants. Militants de leur propre cause c'est vrai, mais il est de notre devoir d'hommes de gauche de prendre à notre compte ce costume qui serait trop grand pour eux s'il n'était relayé par les syndicats, les partis, les associations et finalement les citoyens.

Oui, la peur engendre de la force. Sarkozy, s'il avait l'intelligence des hommes, le saurait et s'en inquièterait.



Car la vérité, c'est que seuls des immigrés acceptent certains boulots sous-payés. La vérité, c'est que seuls des clandestins tolèrent des boulots pire encore. La vérité, c'est que les entreprises y trouvent leur compte, contrairement à ce qu'essaient de nous faire penser leurs soudaines protestations de bonne foi.

Non, rien n'a changé depuis les albums de Tintin des années cinquante : Entendre des patrons se déclarer prétendument au côté des grévistes sans-papiers pourrait faire sourire si le cynisme n'en n'était le moteur. Car ces chefs d'entreprises ne partagent avec leurs employés que la peur : celle de se faire condamner pour travail illégal ! Croire à un subit élan d'humanisme ou un quelconque intérêt économique relève de la naïveté la plus invraisemblable. Qui peut sérieusement les imaginer bernés en masse par des africains érigés en faussaires de génie ?

Démonstration implacable dans l'article d'hier sur lemonde.fr : On y lit ceci : « Cyril Jagoury, le jeune directeur général de Millenium [à Igny, Essonne], 300 employés, 4,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2007, se dit "extrêmement surpris" par cette occupation des locaux. "C'est psychologiquement difficile, ce qui nous arrive", lance-t-il. »

Incroyable mais vrai ! Des sous-citoyens, sous-payés et sous-considérés, qui vivent dans la peur permanente des rafles d'Hortepen™, sont conduits en dernière extrémité à sortir de la clandestinité en risquant tout simplement que leur vie bascule... mais le DG de Millenium nous fait part de ses difficultés psychologiques, un mouchoir à la main !

Léger problème pour lui : quelques lignes plus loin, des ouvriers expliquent par le menu comment l'entreprise ferme tranquillement les yeux sur la situation de ses employés, qu'elle connaît parfaitement.

Les patrons en naïfs escroqués ? C'est le jeu des sept familles : dans la famille « Faux-culs », je voudrais la mère...

Notes

[1] Sans parler du fonctionnaire-poids-mort, etc. Liste bien entendu non exhaustive...

dim
13
avr ' 08

300 experts et quelques petits fours


« Conseil de modernisation des politiques publiques ». L'appellation respire le bon sens. Qui ne souscrirait pas à la modernisation ? La réponse à cette question est simple : ceux qui s'y intéressent ! Car au vrai de quoi parlons nous ? D'une mascarade :

A commencer par la composition de ce prétendu « conseil » : il s'agit ni plus ni moins du gouvernement et de quelques obscurs satellites venus... de l'Elysée ou de Matignon ! En fait de « conseil », c'est le gouvernement qui vous parle. L'arnaque intellectuelle ne serait que de peu d'importance si elle ne cherchait à se parer de vertus d'indépendance qu'elle n'a pas. Elle prétend de surcroit s'appuyer sur des audits dont les buts avaient été fixés préalablement.

Mais surtout, le vocabulaire utilisé parle plus que les mesures elles-mêmes : A commencer par le titre « RGPP », Révision Générale des Politiques Publiques, dans lequel tout n'est que diminution, suppression, économie, taille dans les moyens, etc. On prétend faire mieux pour en vérité faire moins. Tout est dans cette fameuse phrase reprise ici, credo de Ségolène Royal pendant la campagne : « un euro dépensé doit être un euro utile ». Ou comment faire passer « moins de service » pour du « mieux géré ». Phrase à double entrée qui prétend être frappée au coin du bon sens (qui voudrait gâcher l'argent public ?...) quand en réalité il s'agit pour l'Etat de ne s'occuper que du strict minimum, de réduire ses prérogatives et offrir le service public au laisser-faire.


En espéranto libéral, cela porte le doux nom de R-E-F-O-R-M-E : 350 occurrences de ce mot dans le document détaillant les 166 mesures préconisées. Ce n'est plus de l'insistance, c'est du bégaiement ! En fait de réforme, répétons-le, il n'est pas utile d'en lire l'intégralité pour comprendre qu'il ne s'agit que de réduire le service public à sa plus simple expression, sous couvert de rationaliser, de M-O-D-E-R-N-I-S-E-R.

Moderniser ? 165 occurences dans ce même document. L'insistance est trop grosse pour qu'on puisse croire aux atours de ce mot. Et de fait, au fil des mesures détaillées, « moderniser » se traduit par exemple par :

La suppression d'emplois aidés : « Les contrats aidés seront limités aux seules personnes très éloignées de l’emploi[1] ». Aider moins les plus exclus, c'est cela la modernité.


Avant le soudain demi-tour de cette semaine, la suppression de la carte famille nombreuse qui était décidée, remplacée par de fumeuses réductions commerciales à l'appréciation de l'entreprise publique, le tout étant inscrit dans le catalogue des 166 mesures à la section... « développement durable » ![2] Aider moins les plus pauvres, c'est cela la modernité.


L'abaissement du plafond de ressources HLM de 10 % : Nicolas Sarkozy a appuyé la mesure, vendredi en déclarant vouloir limiter le nombre de Français pouvant prétendre à un logement HLM : « La part des ménages français pouvant prétendre à un logement HLM est de 70%" contre 60% il y a dix ans. Nous allons corriger cet effet pour éviter d'allonger inutilement la file d'attente des logements sociaux ». En clair : pour réduire une file d'attente et plutôt que de répondre aux demandes, on enlève des gens de la queue et on est fier d'annoncer une meilleure efficacité. En attendant, les classes moyennes qui souffrent déjà de loyers incroyablement élevés seront de moins en moins éligibles au parc social. Et la mixité sociale, par voie de conséquence en prend pour son grade. C'est aussi cela la modernité.




Dans la catégorie « un état tourné vers les usagers » on découvre (je n'invente rien !) : « il sera procédé à l’installation de sas biométriques automatiques dans les grands aéroports, permettant un meilleur accueil des voyageurs ». Définitivement, j'aime la modernité...

Sans oublier, nous l'avons appris il y a quelques mois, que supprimer des tribunaux dans les campagnes et enlever du service public dans les villages, c'est aussi moderniser.


Même effets sur les hôpitaux qui ne sont modernes que s'ils sont le plus loin possible des français les plus isolés. Il est vrai que demander à un vétérinaire, Gérard Larcher, un rapport sur la réforme des hôpitaux est un symbole explicite sur la façon dont on envisage les malades sous un gouvernement de droite...


Dans ce contexte, que penser de l'explosion du budget « Réceptions » au Ministère de Madame Rachida Dati dont la multiplication des petits fours coûte des centaines de milliers d'euros aux contribuables que ce gouvernement prétend défendre par des mesures anti-sociales de réduction des dépenses ?


Dans la même veine, les 206% d' augmentation de salaire que Nicolas Sarkozy s'est auto-attribué à son arrivée à l'Elysée prennent une saveur particulièrement amère.

La France, ce pays où les SMICards, les chômeurs les RMIstes et les malades paient pour les autres.

Notes

[1] A traduire en langage intelligible par "il faut se calmer sur les aides à ces fainéants de chômeurs."

[2] Petit rappel opportuns : nos amis chasseurs d'économies se vantent du fait que « La démarche repose sur la combinaison de l’audit et de la décision politique. Vingt-six équipes d’auditeurs, composées de fonctionnaires issus du corps d’inspections et de consultants privés, soit plus de 300 personnes, sont mobilisées. » Résultat ? A la première polémique venue, le travail implacable de nos experts infaillibles est remis en cause...

sam
05
avr ' 08

En France, un jour de répression ordinaire


« Douce France, cher pays de mon enfance... »

Joinville le Pont (Val-de-Marne) : un Malien de 29 ans se tue en se jetant dans la Marne après avoir tenté de fuir la Brigade Anti-Criminalité qui voulait contrôler son identité. Mais l'homme n'a pas d'identité puisque clandestin. Premier crime. Et la BAC n'aime pas qu'on n'ait pas d'identité. Elle n'aime pas ça du tout. Et la BAC n'aime pas non plus qu'on voyage dans le RER sans son passe Navigo. C'est quelque chose qu'elle ne supporte pas, la BAC. Second crime. Si l'on ajoute à cela un délit de fuite comme troisième entrave au bon fonctionnement de la police française, le fuyard l'aura somme toute bien cherché. Non la BAC n'aime décidément pas qu'on lui résiste.

« ... bercée de tendre insouciance... »

Mayotte : Pendant que des uniformes expulsent manu militari et à tours de bras des indigents anjouanais venus chercher de quoi vivre (de peu) sur l'île française, notre gouvernement assure à la Réunion la protection du dictateur déchu d'Anjouan, le Colonel Bacar.

Le SΔrkΘhstan™ ordinaire en somme : tolérance zéro pour les faibles, impunité totale pour les puissants.

mer
02
avr ' 08

http://www.jemmerdelaloi.com, le site dont Nicolas Sarkozy serait webmaster


Non, mais sans rire, les enfants : qu'est-ce qu'on en a à foutre des règlements ? Quel est le poids d'une loi à côté de celui d'un bulletin de vote ? Un poids ? Que dis-je, une pesanteur ! Il faut se débarrasser de ces archaïsmes législatifs qui nuisent de toute évidence à l'efficacité de l'État.

La droite a un programme à appliquer, elle ne va tout de même pas se laisser freiner par des bouquins aussi poussiéreux qu'absurdes, du type code électoral, civil, rural ou pénal, tout de même !

Élu par le peuple sur des propositions, ainsi validé par la toute puissance démocratique –ces 53,06 % qui autorisent toutes les audaces–, au nom de quoi le Président de la République et sa horde seraient-ils empêchés de tracer le chemin qu'ils ont imaginé, fut-il illégal ?

Soyons concrets :

Il y a quelques semaines, le Président de la République demande au Président de la Cour de Cassation de trouver astuce de contournement du Conseil Constitutionnel, ce groupe d'imbéciles qui avait eu l'outrecuidance de refuser la rétroactivité de la loi sur la récidive. Dire que l'homme est un ancien avocat !

Il y a quelques jours, c'est le député UMP Georges Fenech qui imite son maître : invalidé par la juridiction suprême, ce groupe d'imbéciles qui avait eu l'outrecuidance d'annuler son élection comme député du Rhône suite à des comptes de campagne douteux[1], ajoutant au passage une petite année de bagne électoral[2], le filou en appelle aussitôt au Président de la République pour contourner le Conseil Constitutionnel. Dire que l'homme est un ancien magistrat !

Hier, nous apprenions par le Canard Enchaîné que Nicolas Sarkozy s'était tranquillement inscrit hors délai sur les listes électorales du VIIIème arrondissement de Paris. Un code électoral ? Où ça ? Quelle mentalité de fonctionnaire que de fixer une limite d'inscription au 31 décembre. Quant à l'exemplarité, vous voulez rire, chère Madame ?

La droite a un rapport très simple à la loi : En matière pénale, la législation doit être intransigeante avec les délinquants[3]. Pour le reste, la loi doit être réduite à sa plus simple expression pour ne pas nuire à l'initiative individuelle. L'exemple le plus caricatural est celui du code du travail que le MEDEF et l'UMP veulent, de conserve et dans un étrange élan commun, « simplifier », euphémisme qui au vrai signifie « démanteler ». La loi me gêne ? Changeons la loi. Car tel est mon bon vouloir.

A gauche, la loi, c'est le moyen d'assurer l'égalité, c'est un outil de vivre-ensemble, un pilier de la nation, c'est l'indispensable lien entre l'individu et la société.

A droite, où la société n'est vue que comme nuisible à l'individu, la loi est un archaïsme dont il faut se débarrasser. Le libéralisme, cet espace où le marché ne doit pas être entravé, s'oppose par définition à la notion même de loi.

Que tous ceux qui veulent gommer les clivages politiques, ou tout simplement les nier, pensent bien à cela avant d'imaginer que des bords incompatibles pourraient travailler ensemble pour le bien du pays[4].

Notes

[1] C'est le quatrième élu à se voir ainsi destituer depuis les élections législatives de juin 2007. Curieusement, mais sans doute est-ce là parfaite coïncidence, les quatre sont UMP. Toujours par un très grand hasard, la droite parlementaire demande aujourd'hui que les règles de financement de campagne soient « simplifiées ». Allez savoir si ceci n'expliquerait pas cela.

[2] ...pour bien souligner qu'il s'agit d'une infraction et non d'insincérité de compte.

[3] Vous allez pouffer avec moi : notre ami Georges Fenech, celui-là même dont il est question plus haut, a commis en 2001 un livre intitulé « Tolérance zéro » : n'est-ce pas là splendide illustration du propos ?

[4] Que l'on s'entende bien, mon propos n'est pas de dire que la droite bafoue systématiquement la loi quand la gauche la respecte partout, mais de mettre en lumière un rapport à la loi très différent, la première s'en méfiant là où la seconde la voit comme une protection