Travailler chez Renault, comme dans la plupart des entreprises, apporte un certain nombre d'avantages. Notamment, lorsqu'un employé de la marque au losange veut acheter une voiture, il peut bénéficier de quelques menus aménagements, comme un financement ou des tarifs préférentiels.
Quoi de plus normal pour des employés dévoués et qui poussent la fidélité jusqu'à acheter les voitures du patron ? De tous petits riens qui améliorent un quotidien.
Aussi est-ce en toute logique qu'au début de ce mois de janvier Antonio reçoit à son domicile un courrier commercial de son employeur Renault-Direction des Ventes aux Personnels, fièrement titré « Les bonnes nouvelles de 2008 » et qui incite le destinataire « à venir découvrir sans attendre les bonnes nouvelles dans [son] agence de ventes aux personnels ».
Pas avare de distribution de bonheur, Renault conclut ce courrier par un enthousiaste « Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2008. »
Seul petit détail, Antonio n'est plus employé de Renault. Et pour cause : il s'est suicidé sur son lieu de travail, le Technocentre Renault de Guyancourt, le 20 octobre 2006. C'est donc Sylvie, sa femme, veuve depuis plus d'un an, qui a ouvert ce courrier. Comme elle en a ouvert d'autres, du même tonneau, ces derniers mois. Comme la veuve de Raymond, un autre employé du Technocentre qui a lui aussi mis fin à ses jours à la même époque, en a fait de même. Comme d'autres veuves l'ont sans doute fait puisqu'Antonio et Raymond ne sont hélas! pas les seuls employés de ce site à avoir commis l'irréparable.
Tout cela sans que Renault ne juge utile de rayer Antonio et Raymond de la liste de ses employés. Sans que Renault ne puisse penser qu'un simple courrier impersonnel pouvait devenir une véritable torture. Au vrai, sans que Renault ne s'imagine réfléchir autrement qu'en euros.
Car visiblement, chez Renault, les voitures sont de l'or mais les hommes comptent pour peu : Au moment même de la « vague » de suicides au Technocentre de Guyancourt, le patron, Carlos Ghosn, déclarait : « Le monde doit fabriquer des voitures avec la même mentalité frugale que les Chinois et les Indiens, c'est une question de survie ». Oui, au moment même où, dans sa propre entreprise, certains mouraient de la pression insupportable que leur impose un système économique inhumain, le PDG de Renault vantait des systèmes plus moyenâgeux encore.
Au nom de la « survie » de l'entreprise qui importe plus que celle des hommes.
Comment alors s'étonner que des veuves soient rappelées à de douloureux souvenirs par des prospectus de mauvais goût ?
