Comme son nom l'indique, l'Hebdo des Socialistes est cette petite brochure au format A5 que les militants du Parti reçoivent chaque semaine dans leur boite aux lettres. Mise en page très correcte, pas trop de fautes d'orthographe, de belles photos avec des légendes très réussies, des textes sans passion, des témoignages de peu d'envergure. Bref, le parfait journal du militant.
Cette semaine, en couverture, le visage de Laurent Joffrin, auteur d'une double page à l'adresse des encartés de Solférino : « Socialistes, réveillez-vous », dans laquelle, fidèle à ses éditoriaux quotidiens à la gloire de l'intelligence de Nicolas ou la beauté de Cécilia, il harangue les foules de gauche en tentant de les convertir à l'impérieuse compréhension des bienfaits du libéralisme.
Double page donc et simple imposture[1]. Toujours la même pensée[2], rabâchée, récitée par cœur, comme un jouet mécanique : une gauche moderne est une gauche de droite.
Rapidement, Joffrin nous fait comprendre que tout petit déjà, le gauchisme le turlupinait : il décrit son entrée dans une section parisienne du PS par ces mots : « J’arrivais là après Claude Estier, Daniel Vaillant, Jean Peyrelevade mais avant Lionel Jospin et Bertrand Delanoë. ». Autant dire que Monsieur n'entendait fréquenter que du socialiste fréquentable, c’est-à-dire terriblement compatible avec l’économie de marché. La suite est à l'avenant, démonstration pseudo-historico-scientifique de l'intérêt de rallier les tenants d'un néo-libéralisme mondial : « les socialistes doivent proclamer, une fois pour toutes et expérience faite, que la grande querelle philosophique du début de siècle ouverte par Bernstein contre les marxistes orthodoxes a été tranchée par l’histoire et que Bernstein avait raison. ». Ah oui ! Parce que, suis-je donc bête, je n'avais pas remarqué que depuis 1981, le PS menait systématiquement des politiques de type communiste révolutionnaire : Fabius, Rocard, Bérégovoy, Jospin : autant de Premiers Ministres qui ont imposé le maoïsme dans les écoles primaires et Engels dans le secondaire !
Pauvre Laurent Joffrin qui partage avec Ivan Rioufol cette phobie du communiste au point d’en voir partout. A titre personnel, je n'ai jamais vu qu'une seule querelle autour du marxisme ait jamais agité la moindre section du parti socialiste, mais Joffrin et ses amis restent persuadés que les militants sont en réalité des infiltrés de la LCR qui attendent dans l’ombre le Grand Soir.
Alors au final, il en ressort que la droite et la gauche, c'est du pareil au même : seul le pragmatisme sort vainqueur du combat politique (« Si la baisse du chômage passe par une réforme du marché du travail et un encouragement de l’entreprise, faut-il s’en priver parce que ces moyens d’action ne figurent pas dans l’arsenal habituel des socialistes ? »[3]). Ca ne vous rappelle pas quelqu'un ? Ô grand Sarkozy !
Heureusement, il y a des « socialistes » qui savent manier le libéralisme[4] : Prenez ce valeureux Jose Socrates qui, à défaut d'être sélectionné dans l'équipe brésilienne de football ou d'enseigner la philosophie à Platon, passe pour un homme de gauche dans son pays, le Portugal : Et bien ce brave socialiste était très fier, es qualité de président actuel de l'Union Européenne, d'annoncer aujourd'hui qu'un accord avait été trouvé pour ouvrir à la concurrence le courrier postal ordinaire. Il est vrai qu'il y a trois jours, c'était Jean-Pierre Jouyet, le hollando-deloriste du gouvernement Sarkozy-Fillon[5], qui hennissait lui aussi de joie à l'idée de la libéralisation du service postal.
Quant à DSK, il est maintenant chef des libéraux du monde entier et Pierre Moscovici en est très fier et prétend entrainer tous les socialistes dans sa fierté. Fuck you, my dear.
Mais revenons à la double page de l'alcoolique libéré dans la feuille de chou du PS. Ce qui est le plus intéressant, ce n'est pas ce qu'écrit Joffrin, somme de platitudes maintes fois entendues, mais bien que la rédaction de ce journal militant décide d'offrir une telle tribune. D'aucuns y verront la confirmation de la dérive droitière du Parti Socialiste. Ce n'est pas entièrement faux. Mais renversons le regard : si la direction du parti ressent le besoin d'enfoncer encore et encore le clou du socio-libéralisme, comme avec cet article archaïco-joffrinesque, c'est bien qu'ils n'ont pas réussi à convertir une majorité de militants, c'est bien qu'ils ont toujours besoin de convaincre des adhérents qui ne pensent pas que gauche et droite sont deux faces différentes d'un même pragmatisme, c'est bien qu'ils ne sont pas certains de leur victoire libero-centriste au prochain congrès.
Alors, socialistes, soyez fiers et faites œuvre de militance en ne ployant pas sous le joug de la dérive centriste : à gauche, citoyens !