[ étienne fillol : le blog ]

[ accueil | blog | musique | textes | photos ]
ce blog est alimenté par étienne fillol (92, hauts-de-seine), sauf billets indiquant une mention contraire

ven
31
aoû ' 07

Un peu à droite de la Cordillère


Bien sûr, il est toujours délicat de juger les évènements d'un pays à l'aune de sa propre lorgnette franchouillarde. Bien sûr, les médias nationaux ne rapportent du monde qu'ils prétendent explorer qu'un petit nombre d'éléments, simplifiant nécessairement des informations qui sont plus complexes dans le détail que vus de notre côté de l'océan. Bien sûr, il faut éviter de piocher chez le voisin de quoi démontrer une idéologie prédéfinie en occultant sciemment ce qui contredirait notre raisonnement.

Mais tout de même...

Confortablement installé dans mon train de banlieue ce matin, parcourant d'un œil un peu distrait le journal gratuit[1] Matin Plus laissé sur un siège par un voyageur à l'esprit collectif, je m'arrête, page 14, sur une photo pleine page et sa légende : «Interpellations en masse lors de violentes manifestations au Chili ».

Un peu plus tard, fouillant le sujet dans d'autres médias, je m'attends à y découvrir des émeutes provoquées par des nostalgiques du régime de Pinochet ou une manifestation de notaires qui pleurent des avantages fiscaux qui diminueraient leurs richesses. Or de quoi s'agit-il ? De plusieurs centaines de milliers de manifestants de gauche (syndicats et parti socialiste en tête !) qui sont descendus dans la rue pour protester contre la politique libérale menée par la présidente « socialiste » Michelle Bachelet ! Voilà qui n'est pas banal : un pays où la gauche manifeste pour se plaindre que la gauche est de droite[2] !

Mais plus inquiétant encore est le fait que cette manifestation n'avait pas été autorisée par le gouvernement et a été dispersée par des forces de l'ordre particulièrement violentes, faisant 40 blessés et plusieurs centaines d'arrestations. De la part d'un gouvernement de gauche, prétendument progressiste, il y a de quoi être surpris, pour ne pas dire révulsé.

Déjà il y a quelques temps, la grande grève de plusieurs semaines dans le secteur minier au Chili nous avait montré les signes d'un gouvernement réputé de gauche mais particulièrement peu enclin à combattre le libéralisme. Les événements de ces derniers jours en sont une nouvelle démonstration : Le Chili est un état plutôt prospère en Amérique du Sud et ceux qui ont voté pour une politique solidaire ne comprennent pas qu'un gouvernement de gauche n'applique pas les promesses de redistribution des richesses. En période de crise, ce serait difficile à avaler mais en phase de prospérité relative (comme c'est le cas actuellement au Chili où la croissance dépasse 6%), cela confine à la faute politique majeure.

Encore une fois, au Chili comme ailleurs, aujourd'hui comme toujours, la gauche qui, par faiblesse ou par cynisme, de manière active ou passive, se fourvoie dans un néo-libéralisme attristant, fait le jeu de la droite et des plus nantis et agit contre son propre peuple. Que les socialistes français qui, à l'hiver 2006, ont fièrement affiché leur soutien à Michelle Bachelet lors de sa campagne électorale chilienne s'en souviennent et tournent le dos à cette facilité qui consiste à ne combattre le laisser-faire économique qu'avec des pincettes.

C'est un hasard, mais qui s'étonnera que Dominique Strauss-Kahn, candidat à la direction du Fonds Monétaire International, se soit rendu, juste après ces évènements, à Santiago où Michelle Bachelet lui a exprimé son soutien dans sa quête du poste le plus libéral de la planète ?

La gauche, quand elle n'est pas elle-même, quand elle trahit sa propre histoire et les siens, se reconnaît décidément où qu'elle soit sur la planète. Et alors elle fait honte à voir.

Notes

[1] Cela tombe très bien : il ne vaut guère plus.

[2] Chez nous, on pourrait à la rigueur imaginer que Manuel Valls manifeste pour signaler que Hortefeux n'est qu'un immigrationiste de gauche, mais c'est tout...

mer
29
aoû ' 07

Necesario, conveniente y positivo


En politique, les arguments sont souvent très courts et les raisonnements très bancals. Le plus simple dans ces cas-là, c'est d'aller chercher des exemples au-delà de nos frontières, sur le thème : « Regardez mes amis, si les autres prennent telle ou telle mesure, c'est que c'est bon pour nous aussi... ». Cela évite d'avoir à développer et cela laisse penser que les autres ont servi de test in vivo, garantissant ainsi le sceau de la politique par la preuve, si chère aux neurones de ceux qui n'ont pas une idée.

Les exemples sont légions. Pour ne parler que de la période récente : Quand il s'est agi de fustiger les 35 heures pendant la campagne, Sarkozy nous a rabâché « Nous serions les seuls à baisser la durée légale du travail pendant que les autres l'augmentent ? » comme si cela suffisait à justifier une telle réflexion. Quand il s’est agi de démontrer que l'ISF était nuisible à l'économie, la droite a parlé en boucle de l'exemple suédois dont le gouvernement (de droite !) proposait, au printemps dernier, d'abolir l'impôt sur la fortune[1]. Quand il s’est agi de promouvoir, au nom de la sacro-sainte sécurité, l'idée d'une bigbrotheritude généralisée où tous les citoyens français seraient sous la surveillance de millions de caméras, la droite a martelé l'exemple londonien[2].

Libéraux de tous les pays, copions-nous, copions-nous, je sais qu'on se ressemble. Attiré par la chanson mais ne maîtrisant visiblement pas l'air, l'ectoplasmique François Fillon a suivi ses maitres et a justifié hier sur TF1 la politique d'expulsion massive des étrangers par l'exemple européen : « La France ne peut pas accueillir tous les gens qui veulent venir sur son territoire. C'est vrai d'ailleurs de tous les autres pays européens : j'ai rencontré Monsieur Zapatero juste avant les vacances qui avait régularisé des centaines de milliers de clandestins et qui le regrette aujourd'hui amèrement ».

Seulement voilà, le dénommé Zapatero est un bel ingrat parce qu'aussitôt, il est sorti de sa léthargie vacancière et a publiquement dit haut et fort qu'il ne regrettait absolument pas cette régularisation massive, la qualifiant même de « necesario, conveniente y positivo ». Je crois que la traduction est a priori inutile : tout le monde aura bien compris que cela ne signifie pas exactement « Je regrette amèrement cette grosse bêtise et je tiens à m'excuser auprès de Brice HortePen™ pour cet affront inacceptable », mais plutôt « les délires xénocraintifs du gouvernement français ne s'installeront pas dans mon pays tant que je présiderai le gouvernement espagnol »

Zapatero signifiant « cordonnier », Fillon aurait pourtant du se douter en choisissant ce gros mensonge qu'il allait se prendre un bon coup de pied au cul.

Je répète donc : « Necesario, conveniente y positivo. »

Notes

[1] Le plus désopilant, c'est qu'en Suède, pour « vendre » sa proposition de suppression de l'ISF, le ministre des Finances Anders Borg martelait : « Quand les pays, les uns après les autres, suppriment l'impôt sur la fortune, et que nous nous retrouvons parmi les derniers pays à toujours l'avoir, alors il faut prendre ce type de décision » !

[2] Rappel : 10% des caméras de vidéosurveillance du monde entier sont installées en Grande-Bretagne alors que la population de cette dernière représente moins de 0,09% de la population mondiale...

mar
21
aoû ' 07

Tu dérapes ? Je te zappe


Je répugne toujours à commenter les faits divers. C'est, entre autre chose, ce qui me différencie fondamentalement de Sarkozy qui, plutôt que réfléchir en responsable politique (c'est-à-dire en fonction de la collectivité, de la société), ne loupe jamais une occasion de s'emparer des crimes, de renchérir dans l'émotion qu'ils suscitent. Le cas du « pédophile[1] » Francis Evrard ne déroge pas à la règle : au lieu de dépassionner le débat et pousser les citoyens à réfléchir sur leur justice, Sarkozy en rajoute et transforme un cas isolé en généralité. Et comme souvent en langage de droite, comme toujours avec Sarkozy, « rendre justice » se dit « faire vengeance ».

Hier, dans la cour de l'Elysée, bien calé dans l'oeil de l'objectif, l'air grave et concentré, ses deux ministrettes minutieusement placées en retrait, Sarkozy a pris son air le plus humain et a déversé son habituelle démagogie sur un bon peuple ému aux larmes :

Ainsi, « des détenus de ce type, à la fin de leur peine, seront examinés par un collège de médecins. Si ce collège reconnaît leur dangerosité, ils ne seront pas remis en liberté, ils iront dans un hôpital fermé où ils seront soignés ». En clair, au lieu de soigner un malade, on le met en taule. Et à la fin de la taule, on le soigne ! C'est le rétablissement d'une autre double peine : A l'issue d'une peine, on peut s'en voir attribuer une autre, médicale cette fois. Sarkozy, toujours plus inventif que les juristes du monde entier, nous fabrique un nouveau concept : le corps médical qui se substitue au droit. La phrénologie n'est pas loin, l'eugénisme nous guette.

Mais comme toujours avec la droite libérale, plutôt que rendre l'État efficace, on en dénonce les travers et les manquements pour mieux l'affaiblir : Ici encore, on fustige les erreurs de l'administration pénitentiaire, des lois pénales, du médecin qui a prescrit du Viagra® et on fabrique un nouvel hôpital qui se voit bien dans le paysage. Mais pourquoi diable ne pas plutôt augmenter le nombre de médecins (et autres personnels soignants) en prison ? Toutes les enquêtes, françaises et européennes, officielles ou indépendantes, dénoncent depuis des années l'état lamentable de nos prisons, sur le plan du nombre de places, du nombre de soignants, du suivi psychologique pendant les peines, de suivi post-enferment, etc. Mais à cela, Sarkozy et Dati n'apportent aucune réponse. Une vraie interrogation serait l'incroyable surcharge des nos prisons mais de cela il n'est pas question. Une autre serait de comprendre pourquoi les pédophiles, faute de moyen et de volonté politique, sont abandonnés à leur état et croupissent sans soin dans les prisons du SΔrkΘhstan™. Mais on préfère répondre par la répression, quand bien même cette solution a prouvé, dans tous les pays du monde, sa parfaite inutilité.

Je reviens sur l'histoire du Viagra® qui aurait été prescrit à Evrard par un médecin : à partir de ce simple exemple, la Garde des Sceaux, dans une réaction épidermique, dit vouloir supprimer d'un coup d'un seul le secret médical et le secret judiciaire : « Il faudra que l'administration pénitentiaire puisse avoir accès au dossier médical de la même manière que les médecins puissent avoir accès au dossier pénitentiaire », faisant ainsi fi des raisons fondamentales pour lesquelles existent ces dispositions de secret ! Jouant sur les peurs, comme toujours la droite tente de faire reculer les libertés. Je dirais même « fabriquant » cette peur : Parce qu'il semble utile à ce stade de rappeler[2] que ce médicament ne crée pas le désir sexuel. Il n’a d’effet que mécanique en favorisant l'érection sans créer la moindre pulsion. Mais comme toujours, à force de répéter les choses comme de braves bêlants, jamais en reste d'une approximation, les médias finissent par les déformer et faire penser qu'il s'agit d'un stimulant du désir sexuel. En quelques communiqués de l'AFP et en quelques déclarations d'une ministre, le médecin-prescripteur est lui devenu une cible, pour ne pas dire un complice du pédophile. Et le secret médical passe tranquillement à la trappe.

Evrard, condamné avant 1998, n'est pas concerné par la loi actuelle qui fait « injonction de soin » aux délinquants sexuels mais Sarkozy prétend tout de même utiliser ce cas pour démontrer que la loi existante ne suffit pas et qu'il faut légiférer encore et toujours, enfermer toujours plus. Au fond, l'exemple est typique de la stratégie Sarkozy : faire diversion à partir d'un fait divers, annoncer une mesure d'urgence[3] et préparer une énième loi[4] que tout le monde sait inutile mais qui rassure le brave citoyen.

Pourtant, Monsieur Sarkozy, il n'est besoin d'aucune loi pour donner des moyens à la justice ! Mettre en adéquation le nombre de détenus avec le nombre de places en prison ne relève pas de la législation. Valoriser le travail de médecin de prison et en augmenter le nombre ne dépend pas d'une loi. Réfléchir aux actions de prévention de la délinquance (sexuelle ou pas) ne découle que de l'impulsion donnée par un gouvernement, pas de lois sans queue ni tête votées à la hâte par un Parlement amorphe.

Alors cessez d'agiter les bras comme un sémaphore épileptique et ayez l'intelligence de résoudre les problèmes qui vous sont vraiment posés et non ceux que vous inventez par une lecture inadaptée de notre société. Par exemple, évitez de fustiger la récidive des pédophiles : il se trouve que les délinquants sexuels récidivent moins que tous les autres délinquants ! Mais bien sûr la démagogie punitive au service d'une idéologie basée sur la peur a du mal à s'accommoder de cela.

Alors Sarkozy rêve tout haut du retour de l'emprisonnement à vie : « Je ne comprends pas qu’on soit condamné à vingt-sept ans et qu’on n’en fasse que dix-huit ; Je ne comprends pas qu’un type comme ce M. Evrard se retrouve en liberté. ». Fin des remises de peine. Chez le Guide Suprême de la Sarkolution™, il n'y a pas de deuxième chance.

Car au fond, pour comprendre il suffit de revenir à la logique sarkozienne qui s'exprimait il y a quelques mois en ces termes : « J’inclinerais pour ma part à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie-là » : le scientisme de Sarkozy le pousse à considérer la pédophilie comme une perversion innée. Donc inguérissable. Les pédophiles doivent donc être enfermés ad vitam aeternam. L’idéologie libérale, qui s'applique en économie comme sur le plan social et sociétal, repose sur l’idée qu’on ne peut pas changer le cours de son destin. Avec cette vision de la société, on ne se soigne pas, donc on emprisonne à vie. On ne change pas les gens, on les élimine.

Toute la vraie droite est là : « Tu dérapes ? Je te zappe »

Notes

[1] Par facilité, je reprends le terme pourtant impropre de « pédophile », mais je rappelle ici qu'il conviendrait de parler de « pédosexuel », seul condamnable puisque résultant du passage à l'acte, contrairement à « pédophile » qui marque une simple attirance sans que l'intéressé soit nécessairement passé à l'acte (www.ange-bleu.com)

[2] ... et je suis très étonné de ne pas l'avoir entendu dans nos médias : les médecins sont-ils tous en congés ? tous sarkozystes? tous sourds ?

[3] Alors qu'il n'y a aucun caractère urgent à la réflexion ! La seule urgence, c'est celle de Sarkozy à briller devant les médias.

[4] Pour les oublieux : il y a trois semaines, Dati faisait passer au Parlement une loi sur la récidive ! Belote, rebelote et dix de der. N'en jetez plus la cour (de promenade) est pleine

ven
10
aoû ' 07

La xénographe décomplexée de la page 19


Plus le train avançait, plus la grisaille s'épaississait. C'était inévitable, à mi-parcours la pluie a eu gain de cause. Une victoire définitive, de celle qui vous font regretter d'avoir oublié d'emporter un parapluie, outil pourtant assurément le plus rentable de la semaine à venir.



Mais le plus dur était à venir. Un peu avant la fin du voyage, j'ai lu la page 19 du Libération, acheté juste avant le départ, à la gare de l'Est : tribune donnée à Michèle Tribalat, démographe à l'INED. Le choc est rude : Neuf cents mots de rejet, cinq mille neuf cents signes d'enfermement, des dizaines de lignes pour opposer les hommes entre eux, une demi-page à repousser l'autre. Fidèle à son habitude, l'auteure, sous couvert de démonstration pseudo-scientifique et de citations opportunément piochées à l'étranger, est formelle : L'immigré est un danger manifeste pour l'homme blanc qui habite nos régions septentrionales.

Oh! bien sûr, elle ne le dira pas ainsi. Elle s'en défendra. Elle fera observer qu'elle appuie son argumentation sur des données issues des plus grands démographes. Elle utilisera sa position à l'INED pour faire croire à un raisonnement objectif. Mais il n'en demeure pas moins que le discours est connu : « Les bons sentiments c'est bien gentil, mais ces africains vont devoir arrêter de venir manger le pain des français ». Tout cela est bien évidemment habillé de l'apparence de la Recherche avec un grand 'R', de la Science avec un grand 'S' et se dit autrement : Tribalat oppose l'accueil des immigrés à « la maximisation du bien-être des natifs » et n'hésite pas à travestir éhontément la réalité. Par exemple quand elle affirme que « [notre politique d'immigration depuis trente ans] s'est accompagnée d'un déclin des qualifications des immigrés avec, pour conséquence, une performance économique plus faible ». Outre que c'est archi-faux (toutes les études montrent que la qualification des immigrés de France progresse : quel dommage qu'une grande démographe comme Tribalat ne le sache pas), je vous laisse admirer l'admirable façon qu'elle a de démontrer que les immigrés plombent l'économie du pays.

Comme ce n'est sans doute pas suffisant, le paragraphe suivant fait observer que les immigrés sont en compétition avec les français les plus démunis, ce qui favorise « le creusement des inégalités parmi les personnes déjà présentes ». Ben voyons ! 7 millions de pauvres en France et c'est la faute des africains. 15 milliards de cadeaux fiscaux aux plus riches financés par tous, dont les plus défavorisés, mais Madame Tribalat a beaucoup réfléchi et a conclu que les pauvres étaient pauvres à cause des hordes de pagayeurs qui déversaient leur pirogues sur les côtes françaises. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me rappelle vaguement quelque chose ce type de discours.

Il pleut toujours, je continue de dérouler la page 19 du Libération du jour. Quelques paragraphes plus loin, la fustigation des immigrés non-qualifiés continue : il ne serviraient même pas à réduire les déficits budgétaires liés au vieillissement, c'est vous dire si on en veut pas par chez nous, mon pauvre monsieur !

Un peu plus loin, c'est au tour des immigrés qualifiés de subir les foudres de notre xénographe distinguée : ils décourageraient nos bons français de faire des études poussées.

Et la donzelle d'aboyer qu'il faut instituer sur notre continent une immigration à la nord-américaine (quotas, systèmes de points, etc.) et de déplorer -tenez vous bien !- « la pesanteur des droits acquis [en Europe] qui contraint les états à ruser avec les règles européennes ». Non, c'est vrai quoi, les amis, si on ne peut plus foutre tranquillement nos arabes dehors, ce n'est plus possible. D'autant que la conclusion suit de près : Tribalat y éructe violemment contre le « secteur associatif » qui nuit à la mise en place de l'immigration dont elle rêve ! Fermez le ban. Décidément, Brice Hortepen™ a de bons soldats.

Les approximations, pour ne pas dire les francs mensonges, que déverse Tribalat, cet acharnement à fustiger les dangers de l'immigration sous toutes ses formes, m'imposent une suggestion à son endroit : Qu'elle lise plus de revues scientifiques liées à son domaine de prédilection et moins National Hebdo. Ce sera assurément plus utile à l'institution qu'elle représente.

Il pleut toujours. Je ne passe même pas à la page 20. Tout soudainement, je serais presque pris du mal des transports. Je pose le journal, je tourne la tête : à quelques sièges devant moi, deux enfants blonds comme les blés chahutent ensemble. Ouf ! La France éternelle existe encore. Hortepen™ et Tribalat veillent.

jeu
09
aoû ' 07

Lettre ouverte à Jack Lang, intermittent de l'hémicycle


Monsieur le député, cher camarade,

A la demande de Nicolas Sarkozy, tu as fait le choix de participer au comité de réflexion sur les institutions. Ce choix t'appartient et, si je le désapprouve au plus haut point, je ne veux pas ici t'en faire le reproche. Non, je voulais te parler en toute simplicité du travail de député.

Le 16 juillet dernier, tu as lancé : « Je continuerai à être un député de combat. Je suis en opposition à la politique économique et sociale menée par le gouvernement et je n'ai pas l'intention de mettre mon drapeau dans ma poche ». Tu imagines mon bonheur à entendre ces mots.

Seulement voilà : La session extraordinaire du Parlement s'est achevée le 2 août dernier, des lois ont été votées qui démembrent le droit du travail, nient le droit de grève, appauvrissent les faibles et enrichissent les puissants, donnent un tour plus sécuritaire que jamais à notre société. Et malgré tous mes efforts, je n'ai pas trouvé trace de la moindre intervention de ta part au sein de l'hémicycle. Un mois complet de débats parlementaires, des dizaines de séances, des centaines d'intervenants sur de multiples sujets[1] et pas une seule prise de parole de ta part.

Alors, cher camarade, j'aimerais savoir QUAND tu estimes utile d'être un « député de combat » sinon pendant que des lois contraires aux principes de base de la gauche sont débattues. J'aimerais connaître LE LIEU qui te semble approprié pour être un « député de combat » sinon l'Assemblée Nationale. J'aimerais comprendre CONTRE QUI tu envisages d'être un député de combat sinon ce gouvernement et la rafale de lois iniques qui viennent d'être votées sans que tu juges utile de participer aux débats malgré le mandat qui t'avait été donné par les électeurs du Pas-de-Calais.

Dans le journal le Monde, il y a un mois, tu déclarais : « La logique ne serait-elle pas d'instaurer un véritable régime présidentiel : un pouvoir exécutif contrôlé par un vrai Parlement, doté de réels pouvoirs ».[2]. Mes interrogations sont donc simples : Ce que tu appelles un « vrai parlement » est-il un lieu ou les députés sont absents ? Un « vrai parlement » peut-il accepter que des députés efficaces aient d'autres mandats locaux[3] ? Un « vrai parlement » peut-il se satisfaire d'héberger des professionnels de la politique qui accumulent les mandats dans le temps[4] sans autre intérêt que leur propre promotion ?

Je te laisse suggérer aux membres de la commission à laquelle tu vas participer la réflexion suivante : un Parlement n'est fort que si les élus qui le composent travaillent à en faire le lieu de la démocratie et non un lieu de passage occasionnel. Cher bon entendeur, je te salue.

Notes

[1] Dont certains te sont pourtant chers, comme l'université

[2] Je suis en désaccord total avec ta vision présidentialiste du pouvoir, moi qui milite pour une république parlementaire et primo-ministérielle et qui peux constater, comme tous, les invraisemblables dérives autocratiques d'un régime moribond, mais ce n'est pas exactement l'objet de ce courrier

[3] Comme c'est ton cas, toi le vice-président du conseil régional du Nord Pas-de-Calais ?

[4] Tu viens d'être élu à la députation nationale pour la sixième fois

mar
07
aoû ' 07

L'épicerie reste ouverte pendant les vacances


CSA, entreprise produisant des sondages découlant prétendument d'enquêtes scientifiques qu'ils auraient eux-mêmes réalisées, cravache plus que jamais en cet été 2007. Croyez-moi, en juillet, ces braves petits gars de CSA y ont mis du leur. Les téléphones ont crépité, les ordinateurs ont tourné à plein disque dur, les panels se sont fait panéliser à mort. Résultat des courses ? Cinq sondages publiés qui convergent tous, les chiffres sont formels[1] : Nicolas Sarkozy est un être exceptionnel, un dieu sur terre, un sphinx lumineux, un prophète inégalé. Démonstration :

  • Le 1er juillet, CSA publie un sondage qui affirme qu'une majorité (45%) de français pense que « l'ouverture à la concurrence du marché de l'électricité va permettre aux prix de l'électricité de baisser ou rester stable ».
  • Le 9 juillet, CSA publie un sondage qui affirme qu'une majorité (65%) de français fait « confiance à Nicolas SARKOZY pour affronter efficacement les principaux problèmes qui se posent au pays ».
  • Le même jour, le 9 juillet, CSA publie un sondage qui affirme qu'une majorité (62%) de français « n'estime pas que Sarkozy intervienne trop sur la scène politique française ».
  • Le 13 juillet, CSA publie un sondage qui affirme qu'une majorité (69%) de français « juge positivement l'ouverture à gauche voulue par Nicolas Sarkozy ».
  • Le 21 juillet, CSA publie un sondage qui affirme qu'une majorité (70%) de français est « favorable à la mise en place d'un service minimum dans les transports en commun »[2].

Je ne sais pas vous, mais moi, je crois bien que CSA est un peu de droite et très légèrement sarkozyste[3]. Je me demande juste si, au bout d'un moment, ça ne pourrait pas commencer à se voir.

Et comme en août on ne change pas une équipe qui a gagné en juillet, CSA enchaine dès aujourd'hui sur une nouvelle production-maison « démontrant » que 63% des français sont favorables à ce que « les salariés puissent travailler après 65 ans s'ils le souhaitent ». Ce n'est plus un festival, c'est carrément Versailles. Ce ne sont plus des louanges, c'est de la prosternation.

N'est-ce pas bien fait la nature tout de même ? Il y a quelques semaines, Guy Roux faisait sortir un pseudo-débat sur le limite d'âge dans le football et aujourd'hui CSA embraye opportunément par un sondage sur ce même sujet. Il y a de ces hasards parfois...

Et nos valeureux médias, qui croient que l'investigation consiste à appeler au téléphone Stéphane Rozès ou la présidente de l'IFOP pour savoir s'il n'y aurait pas de la fraîche à glisser entre deux reportages sur l'importance de la crème solaire pour les enfants et la sècheresse que subissent les viticulteurs de Bandol, nos médias disais-je se font un large écho de ce nouveau sondage révolutionnaire. Étalon du jour, le journal de 13 heures de France 2 qui en fait le sujet principal de son édition et invite pour en parler l'ineffable Robert Rochefort[4]. N'est-ce pas du grand journalisme que d'inviter, pour parler du résultat d'une enquête, un spécialiste... des enquêtes ?! Bêtement, je pensais qu'on poserait la question de fond à un économiste pour évaluer les répercutions sur le marché du travail, voire à un médecin pour les conséquences sur la santé. Mais non ! France Télévisions préfère poser la question à un type qui ne fait pas la différence entre Keynes et une mirabelle.



Et de fait, d'entrée d'interview, la scène est déjà jouée : première question « Robert Rochefort, vous êtes surpris par ce sondage ? », réponse : « Écoutez, je l'espérais... ». Voilà, comme ça, c'est clair. En voilà un qui ne va pas aller contredire les chiffres de ses amis du CSA ni titiller les libéraux sur la question des avancées sociales ! Il trépigne littéralement de joie à l'idée du « travailler plus pour gagner plus » ! Et dès la deuxième phrase, le raisonnement fuse, d'un très haut niveau intellectuel : « Je crois que c'est le bon sens. Il faut tout simplement savoir que la vraie raison, c'est qu'à 60 ans, comme à 65 ans, aujourd'hui on n'est plus des vieux alors que c'était le cas il y a une trentaine d'années, ça c'est la vraie raison de fond, c'est celle là qui est la bonne raison ».

Bien sûr. On vit plus longtemps donc on travaille plus longtemps. C'est d'ailleurs pour cela que l'âge légal de la retraite diminue depuis des décennies alors que l'espérance de vie grandit. C'est également pour cela que, dans de nombreux pays européens, l'âge légal de la retraite des femmes est plus précoce que celui des hommes alors que ces derniers ont une espérance de vie inférieure. Et puis on est en super forme à cet âge-là, c'est bien connu et c'est d'ailleurs pour cela que les entreprises virent en masse les séniors à 55 ans, voire avant.

Quel grand scientifique ce Rochefort, un vrai gourou de la sociologie. Je vous fais grâce du reste[5], tout est à l'avenant : mi-commentant le fond, mi-expliquant les chiffres, dans l'ambiguïté permanente de celui qui, feignant d'expliquer les données objectives de la pensée des français, fait en réalité passer ses propres idées (néo-libérales).

Ce qui est grave, c'est que la droite libérale occupe ici, comme dans de nombreux domaines, le terrain idéologique en laissant croire qu'il n'y a qu'une seule voie possible, celle d'une réduction des acquis sociaux. La gauche reste amorphe Pour ne pas dire qu'elle cautionne, dans certains cas. France Télévisions, de son côté, y participe à plein : juste avant de parler de l'âge de la retraite, ce midi pendant le JT, la rédaction de France 2 a traité du CNE. Incroyable mais vrai, les deux seuls exemples présentés ont été 1°) le cas d'une embauche ferme au bout des deux ans et un salarié ravi 2°) celui d'une salariée partie avant la période des deux ans et l'interview de l'employeur, tout déconfit, qui gémit d'avoir investi inutilement en formation. Commentaire du journaliste : « La précarité touche aussi les patrons » (sic !)

Le Guide Suprême de la Sarkolution sera assurément content de ses ouailles médiatiques quand il reviendra de vacances. L'épicerie aura été gardée comme il se devait.

Notes

[1] Rappelons au passage l'extraordinaire génie mathématique de CSA : trois jours avant le premier tour de l'élection présidentielle, les statisticiens inventifs de cette entreprise plaçaient le Pen devant Bayrou (résultat du scrutin : 8 points de retard du premier sur le second). Quelques semaines plus tard, ils donnaient l'abstention à 27% pour le premier tour des élections législatives (résultat final : près de 40% ! légère nuance).

[2] Et dans la même proportion verrait bien la même chose dans l'Éducation Nationale.

[3] ...et vous croyez que le fait que CSA soit détenu à 44% (ce n'est pas un sondage, c'est un vrai chiffre) par Vincent Bolloré, l'ami de Nicolas, puisse avoir un rapport avec le point soulevé ?

[4] Directeur du CREDOC -organisme para-public spécialisé dans l'étude sociologique- et multi-récidiviste des médias : on peut le voir absolument partout et tout le temps : piges à RTL, régulièrement sur France 2, France 5 (Ripostes, C dans l'Air), radios, télévisions et journaux en tous genres : celui-là, qui veut passer pour un chercheur, est en réalité plus en recherche de lumière sur lui-même que de données scientifiques sur les autres.

[5] Allez l'écouter si le coeur vous en dit.