[ étienne fillol : le blog ]

[ accueil | blog | musique | textes | photos ]
ce blog est alimenté par étienne fillol (92, hauts-de-seine), sauf billets indiquant une mention contraire

sam
30
juin ' 07

Le pays où les justiciables disent le droit


Guy Roux a 68 ans. Pour cette raison, son tout-nouveau-tout-beau contrat d'entraîneur du RC Lens n'a pas été jugé acceptable par la Ligue de Football Professionnel, cette dernière ayant une charte qui impose la limite d'âge de 65 ans pour le métier d'éducateur[1].

Au vrai, tout le monde s'en moque. A part lui-même bien entendu... et les journalistes sportifs d'Europe 1 qui font une campagne appuyée en sa faveur. Mais qu'on se rassure, c'est un hasard si ces journaliste-là et l'entraîneur destitué ont en commun d'être collègues de bureau, salariés de Lagardère, l'intime de Sarkozy. Il est vrai qu'en matière d'éthique journalistique, ceux de RMC ne sont pas mal non plus qui font carrément campagne pour la réhabilitation d'un autre entraîneur de football, le multi-récidiviste Roland Courbis que la justice serre de près ces derniers temps et qui se trouve être par un incroyable autre hasard salarié de... RMC.

Mais revenons à Guy Roux que la Ministre de l'Économie et le Guide Suprême de la Sarkolution eux-mêmes ont défendu cette semaine. Croyez-vous que Christine Lagarde se passionne pour le football ou que Sarkozy soit tombé sous le charme de l'auxerro-lensois ? Non. Ne nous y trompons pas, l'acte est politique. Et ne nous méprenons pas non plus sur le message. Quand ce gouvernement dit que la limite d'âge est une règle désuète et qu'il faut « pouvoir » travailler plus longtemps, il fait en réalité passer l'idée qu'on « doit » travailler plus longtemps. Le recul officiel de l'âge de la retraite n'est pas loin. L'allongement des cotisations suit de près. Guy Roux sert opportunément de symbole, de démonstration, de politique par la preuve : le salarié français est encore en forme à cet âge-là, il y a là une piste pour la résorption des déficits des comptes sociaux.

Ainsi conforté par les plus hautes autorités, Guy Roux se sent fort et s'est dit confiant dans le fait que « le CNOSF[2] [lui] rendrait justice ». Tu m'étonnes, Ramone ! Le CNOSF est une association de malfaiteurs « 1901 » aux ordres du ministère de la Jeunesse et des Sports que dirige l'ineffable Roselyne Bachelot... qui a reçu Guy Roux cette semaine pour lui exprimer tout son soutien. Confiant qu'il est, je vous dis.

Bref, le Guy a bien raison de faire confiance en l'esprit de justice du CNOSF. La justice, c'est même leur spécialité à ces gens là :

  • Président ? Henri Sérandour, condamné le 12 octobre 2006 à trois mois de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende pour prise illégale d'intérêt, reconnu coupable d'avoir offert quelques « menues » prestations à une société où travaillait son épouse.
  • Vice-Président ? Christian Bîmes, sous le coup d'une procédure judiciaire pour abus de confiance et prise illégale d'intérêts. La liste des faits qui lui sont reprochés nécessiterait une douzaine de blogs comme celui-ci, mais résumons par le fait que ce brave homme est accusé de confondre son porte-monnaie et la caisse de la Fédération Française de Tennis qu'il dirige, n'ayant visiblement pas bien compris la différence entre raquette et racket.
  • Membre de droit au Conseil d'Administration du CNOSF ? Guy Drut, condamné à quinze mois de prison avec sursis et 50 000 euros d'amende pour avoir bénéficié d'un emploi fictif dans l'affaire des marchés publics d'Île-de-France, opportunément amnistié par Jacques Chirac, car tel était son bon plaisir.

Si un jour vous cherchez une association à la fois indépendante du pouvoir politique en place et spécialisée en matière judiciaire, une seule adresse possible, le CNOSF. Après avoir magouillé plus pour gagner plus, ces vénérables dirigeants sportifs vont maintenant rendre la justice au nom du Guide Suprême de la Sarkolution et selon les valeurs éternelles de l'olympisme. Attendons sereinement.

Notes

[1] Dans le cas de Guy Roux, l'expression est savoureuse, appliquée à un homme qui hurle dans les vestiaires ou après les journalistes depuis 45 ans, passe la moitié de ses interviews à critiquer les décisions arbitrales des matches qu'il a perdus et le reste de son temps à percevoir des sommes d'argent démesurées de la part de télévision ou de radios qui l'emploient pour vomir sur tout ce qui bouge. « Éducateur » !

[2] Comité National Olympique et Sportif Français

dim
24
juin ' 07

Je suis personnellement une minorité sous-représentée à l'Assemblée


Je le répète : le gouvernement, présenté comme sexuellement paritaire par le Guide Suprême de la Sarkolution, contient tout juste un tiers de femmes. Dans l'assemblée nouvellement élue, le groupe UMP n'affiche que 14% de féminité[1]. Et que dire du Modem qui présente un bilan de 0 femme sur 4 élus et du Nouveau Centre qui pulvérise tous les scores : 0 femme sur 21 ! Non vraiment, cela ne fait plus aucun doute : la parité est une idée forte à droite.

Quant au renouvellement des générations dont se pique le parti majoritaire, il suffit d'ouvrir les yeux pour rire de l'entourloupe : sur les 21 députés nés avant le début de la seconde guerre mondiale[2], 17 sont à l'UMP et 2 au PS. Les jeunes ? Une vraie priorité pour la droite.

Mais foin des discriminations plus ou moins positives vis-à-vis de minorités plus ou moins visibles. Le plus ennuyeux avec nos 577 « nouveaux »[3] députés, c'est qu'ils sont très probablement collectivement « illégaux ».

Leur vraie « non-représentativité » n'est pas communautaire, n'a pas trait à la couleur de leur peau ou la nationalité de leurs aïeux, moins encore avec leur profession. Non, la vraie distorsion est démographique : Certains députés représentent péniblement plus de 30.000 habitants quand d'autres frisent les 190.000 ! En clair, la voix d'un habitant de Lozère « pèse » presque quatre fois plus que la mienne, pauvre altoséquanais de la treizième circonscription.

Mais pire encore, cette disparité ne traduit pas seulement les différences de densité entre départements : A Paris intra muros par exemple, la démographie des circonscriptions varie de 75.000 à 125.000 habitants, dans les Hauts-de-Seine de 95.000 à 130.000, en Haute-Garonne de 90.000 à 170.000.



Alors pourquoi cette situation ?

Les sièges de l'Assemblée Nationale sont répartis entre les départements au prorata de leur population. Une fois le nombre de députés d'un département connu, on découpe une circonscription pour chacun. En clair, le découpage électoral est départementalisé : première règle absurde qui ne peut conduire qu'à une disparité de représentativité.

Deuxième règle invraisemblable[4] : Chaque département métropolitain doit désigner au minimum deux députés, quelle que soit la démographie. Moyennant quoi les creusois ou les corses ne peuvent qu'être sur-représentés à l'Assemblée[5].

Troisième difficulté : du fait que le découpage électoral est, aujourd'hui encore, basé sur le recensement de 1982, les distorsions démographiques grandissent année après année sans que les gouvernements successifs ne s'y soient attaqué.

Le Conseil Constitutionel[6] a bien conscience de ce problème et réclame que soit revu le découpage électoral en fonction de la loi Pasqua de 1986 qui précise que « les écarts de population entre circonscriptions ne doivent en aucun cas aboutir à ce qu'une circonscription dépasse de plus de 20 % la population moyenne des circonscriptions du département. » Appliquer ce dernier point serait déjà un pas en avant mais ne corrigerait qu'à la marge les invraisemblances décrites ici : cela équilibrerait les circonscriptions dans chaque département, mais les deux députés de Lozère continueraient de représenter 35.000 habitants contre trois ou quatre fois plus pour ceux du Val d'Oise.

Alors quitte à redécouper, faisons le vraiment et non en dépit du bon sens par des mesurettes de comptables : le Département est décidément une division administrative parfaitement désuète qui nuit à l'organisation du pays et qu'il faudrait supprimer pour bien des raisons. En voici une de plus.

Notes

[1] ... contre 24% au PS, ce qui reste insuffisant mais marque tout de même une différence significative.

[2] ... c'est-à-dire âgés de 69 ans et plus.

[3] En réalité, 70% sont réélus contre 30% de nouveaux députés. Là aussi, l'UMP est la traîne, avec à peine 24% de nouveaux contre près de 40% au PS.

[4] ... relevant à ma connaissance de la tradition et non de la loi constitutionnelle. Si un lecteur avisé peut nous en dire plus ici ?

[5] Il faudra tout de même m'expliquer pourquoi cette règle ne s'applique pas pour Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon et Wallis-et-Futuna...

[6] ... et le précédent gouvernement qui avait commandé un rapport sans y donner suite.

mar
19
juin ' 07

Mi-pute mi-soumise


Mes chers amis, réjouissons-nous, l'honneur est sauf : nous avons échappé à Darry Cowl. Mais nous avons tout de même eu droit au pas-très-velu- mais-très-incompétent Bernard Laporte, la pas-très-pute- mais-déjà-très-soumise Fadela Amara, au plus-très-motard- mais-toujours-très-facho Christian Estrosi et à d'autres joyeusetés de cet acabit.

Au passage et avant de passer au plat de résistance, histoire de bien faire comprendre au lecteur le déjà culte « Je dis ce que je ferai et je ferai ce que j'ai dit », j'attire l'attention de chacun sur les deux faits suivants :

  • Le gouvernement « ultra resserré » de Sarkozy 1er, « parcequ'il faut que l'État montre l'exemple », contient 33 membres[1].
  • La parité au sein de ce même gouvernement s'établit à 66% d'hommes.[2]

Et puis il y a Jean-Marie. Le crétin d'Alsace : Bockel[3].

Bockel, c'est ce membre du parti socialiste qui, au lieu de donner des cours de social à la droite, dépense toute son énergie à exhorter ses camarades socialistes à adopter enfin la doctrine la plus libérale qui soit, à leur faire comprendre, enfin ! les immenses bienfaits du capitalisme triomphant. Allez lire son site : ce serait risible si ce n'était aussi désolant. Ou alors prenez connaissance des questions que le sénateur Bockel a posées au gouvernement. Cela vaut son pesant de stock options dans une entreprise du CAC 40.

Florilège :

Le 11 mai 2005, au ministre de l'intérieur : « Le syndicat USPPM attend des avancées concernant la question de l'armement des policiers municipaux ». (Ce doit du reste être ce jour là que Sarkozy s'est dit « ce type est ce qu'il me faut pour donner une caution vraiment droitière à mon futur gouvernement »)

Le 7 décembre 2006 : il demande que les salaires des pasteurs d'Alsace et de Moselle[4] soient augmentés.

Le 16 février 2006, il attire l'attention du ministre de l'éducation nationale « sur les inquiétudes des personnels enseignants des établissements privés sous contrat quant au silence du Gouvernement concernant leur régime de retraite. »

Le 10 novembre 2005, c'est décidément une obsession : il se plaint que les cultes ne perçoivent pas assez de l'Etat : « depuis 2003, les cultes sont en attente du second volet de revalorisation, initialement prévu lors de la préparation de loi pour 2003. En conséquence, il lui demande de bien vouloir prendre les mesures nécessaires pour que cette deuxième tranche soit enfin débloquée lors du prochain vote de la loi de finances pour 2006. »

Et alors, je vous garde le meilleur pour la fin[5] : Le 3 novembre 2005, il pose une question au gouvernement sur les 20% de logements sociaux de la loi SRU. Et pourquoi croyez-vous qu'il le fasse ? Pour imposer fermement le respect de cette loi majeure de la mixité sociale ? Perdu ! Pour expliquer que la commune de Turckheim doit obtenir du gouvernement une dérogation, ce dernier devant « prendre en compte les réalités locales de certaines communes » !

Non je vous le dis, chers amis : Bockel n'est pas de gauche. Bockel n'est pas du centre. Bockel est de droite, objectivement de droite. En léchant Fillon et Sarkozy de sa langue râpeuse à souhait, il n'a fait que rejoindre sa vraie demeure, après des décennies d'errance.

{ EDIT du 20/06/2007 à 10h20 - phrase supprimée }

Notes

[1] Le précédent gouvernement Villepin en contenait 32, Raffarin entre 28 et 36, Jospin 27. Je continue ou c'est inutile ?

[2] ... soit à peine mieux que le gouvernement Jospin d'il y a 10 ans.

[3] Abbréviation pour « BOn Dieu, c'est vrai qu'il a une tête de teCKEL »

[4] ...qui sont rappelons-le scandaleusement rémunérés par l'argent de l'Etat.

[5] Même si cette liste est loin d'être exhaustive.

ven
01
juin ' 07

Lettre ouverte à Brice Hortefeux, Ministre de l'Immigration


Monsieur le Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité Nationale et du Codévelopppement,

Au fond, tout est dans ce nom à rallonge. Cela a été dit et a fait débat jusque dans votre propre camp : marier le traitement de l’immigration et le concept d’identité nationale est nauséabond. Nous avons une chance toutefois, celle que vous ayez oublié d’ajouter « … et de la Délinquance » sur votre carte de visite. Car la façon dont vous flattez les plus bas instincts du corps électoral semble ne plus avoir de limite.

Ce matin encore, vous signez dans le Figaro une tribune qui justifie par avance la politique restrictive que vous entendez mener en matière d’immigration. Vos « démonstrations » reposent sur des chiffres pour le moins approximatifs et vos raisonnements sur le « problème » que représenteraient les flux migratoires. Bien sûr, roi de l’oxymore, vous vous en défendez en permanence, dénonçant l’immigration tout en affirmant votre humanisme, fustigeant les sans-papiers tout en vous faisant passer pour un défenseur acharné du droit d’asile : Monsieur le Ministre, vous développez, comme ces racistes qui s’en défendent, le concept d’ostracisme humanitaire.

De cette tribune dans le Figaro je ne peux tout reprendre, tout corriger, mais je tiens à rétablir ici des vérités qui, loin de vous échapper, y sont tues à dessein :

Les flux migratoires :

Vous limitez la politique migratoire à la lutte contre l’immigration clandestine, première étrangeté. Dans la foulée, vous fixez l'objectif de 25.000 « éloignements » (euphémisme pour « expulsions » : décidément, les figures de rhétorique sont votre spécialité) pour 2007 : aucune surprise, c’est peu ou prou le chiffre atteint par le précédent gouvernement. Seulement voilà, il y a sur notre territoire entre 200.000 et 500.000 clandestins. Sauf à laisser volontairement dans la misère ces malheureux, votre silence sur ce point, Monsieur le Ministre de l’Intégration, me laisse donc pantois : comment comptez-vous résoudre concrètement ce problème, sans régularisation ? Et vous qui prétendez combattre l’immigration clandestine en fermant les frontières et en promouvant une « immigration choisie », pourquoi ne dites-vous pas que 90% des étrangers en situation irrégulière sont entrés sur le territoire français de façon légale, l'illégalité de leur situation n'intervenant qu'après l'expiration de leur titre de séjour ?

Le droit d’asile :

En la matière, le nivellement par le bas de l’Union Européenne et les conditions d’accès toujours plus draconiennes au statut de réfugié font que la France, depuis 2002, tourne le dos à sa tradition multi-séculaire d’accueil et voit une tendance lourde de baisse des demandeurs d’asile. Dans ce contexte, Monsieur le Ministre, lire sous votre plume une envolée lyrique sur la nécessaire « exigence morale pour notre pays » relève du comique troupier, pour ne pas dire de la fumisterie la plus avérée. Hélas ! Il n’y a pas matière à rire. Vous citez curieusement le chiffre de 14000 personnes à qui la France a accordé le statut de réfugié en 2005. Mais pourquoi diable ne citez-vous pas le chiffre de 2006 qui est tombé à 7000 ? Pourquoi ne rappelez-vous pas que le nombre de dossiers déposés est lui en baisse notoire depuis qu’en 2003, vous et vos amis politiques avez adopté des lois extrêmement restrictives en la matière (notamment en définissant une liste de pays « sûrs » qui ne peuvent plus même déposer une demande d’asile.) ?

L’intégration :

« L’intégration doit se préparer dès le pays d’origine », écrivez-vous. Depuis les bureaux cossus du VIIème arrondissement, un billet Bamako-Paris pour un paysan malien est visiblement vu comme le choix d’une destination sur un catalogue Fram ou Jet Tours. Ce serait risible si ce n’est aussi désolant. L’étranger doit, entre autres, parler notre langue pour obtenir le droit de rejoindre sa famille. Avez-vous une idée concrète, Monsieur le Ministre du Codéveloppement, de la façon dont un botswanais pourra trouver en son pays une structure qui lui permettrait d’apprendre la français ? Savez-vous que ma grand-mère ne parlait pas un mot de français avant de s’intégrer dans ce pays ?

Votre installation dans ce ministère aux odeurs pestilentielles se fait dans le mensonge, la tromperie, la démagogie[1]. Tout le monde aura compris que l’intégration n’est pas votre souci, le codéveloppement encore moins et que l’objectif fixé par le Président Sarkozy est de freiner autant que possible l’immigration, la désignant ainsi comme un frein au développement de notre pays.

Car dans cet article du jour, où vous balayez le spectre des compétences de votre nouveau ministère, pas une fois vous ne faites mention de l’accès à la nationalité française[2]. N’est-ce pas tout à fait extraordinaire pour un Ministre de l’Intégration de l’Identité Nationale ? De même à aucun moment, vous ne faites la moindre allusion à l’apport culturel que représentent les étrangers pour notre pays.

Dans ces deux non-dits, tout est résumé.

Notes

[1] Le fait que vous « citiez » un sondage parfaitement imaginaire qui donnerait 72% des français favorables à la création de votre ministère n’est qu’un exemple de votre duplicité. Il est vrai que pendant la campagne, le candidat Sarkozy avait lui aussi inventé « qu’un ministère de l’immigration existe dans tous les grands pays d’Europe », ce qui est absolument mensonger.

[2] Alors que 40% des 5 millions d’immigrés ont obtenu cette nationalité, par mariage ou naturalisation.