Le pays où les justiciables disent le droit
Par Etienne FILLOL, samedi 30 juin 2007 à 10:26 :: politique
Guy Roux a 68 ans. Pour cette raison, son tout-nouveau-tout-beau contrat d'entraîneur du RC Lens n'a pas été jugé acceptable par la Ligue de Football Professionnel, cette dernière ayant une charte qui impose la limite d'âge de 65 ans pour le métier d'éducateur[1].
Au vrai, tout le monde s'en moque. A part lui-même bien entendu... et les journalistes sportifs d'Europe 1 qui font une campagne appuyée en sa faveur. Mais qu'on se rassure, c'est un hasard si ces journaliste-là et l'entraîneur destitué ont en commun d'être collègues de bureau, salariés de Lagardère, l'intime de Sarkozy. Il est vrai qu'en matière d'éthique journalistique, ceux de RMC ne sont pas mal non plus qui font carrément campagne pour la réhabilitation d'un autre entraîneur de football, le multi-récidiviste Roland Courbis que la justice serre de près ces derniers temps et qui se trouve être par un incroyable autre hasard salarié de... RMC.
Mais revenons à Guy Roux que la Ministre de l'Économie et le Guide Suprême de la Sarkolution eux-mêmes ont défendu cette semaine. Croyez-vous que Christine Lagarde se passionne pour le football ou que Sarkozy soit tombé sous le charme de l'auxerro-lensois ? Non. Ne nous y trompons pas, l'acte est politique. Et ne nous méprenons pas non plus sur le message. Quand ce gouvernement dit que la limite d'âge est une règle désuète et qu'il faut « pouvoir » travailler plus longtemps, il fait en réalité passer l'idée qu'on « doit » travailler plus longtemps. Le recul officiel de l'âge de la retraite n'est pas loin. L'allongement des cotisations suit de près. Guy Roux sert opportunément de symbole, de démonstration, de politique par la preuve : le salarié français est encore en forme à cet âge-là, il y a là une piste pour la résorption des déficits des comptes sociaux.
Ainsi conforté par les plus hautes autorités, Guy Roux se sent fort et s'est dit confiant dans le fait que « le CNOSF[2] [lui] rendrait justice ». Tu m'étonnes, Ramone ! Le CNOSF est une association de malfaiteurs « 1901 » aux ordres du ministère de la Jeunesse et des Sports que dirige l'ineffable Roselyne Bachelot... qui a reçu Guy Roux cette semaine pour lui exprimer tout son soutien. Confiant qu'il est, je vous dis.
Bref, le Guy a bien raison de faire confiance en l'esprit de justice du CNOSF. La justice, c'est même leur spécialité à ces gens là :
- Président ? Henri Sérandour, condamné le 12 octobre 2006 à trois mois de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende pour prise illégale d'intérêt, reconnu coupable d'avoir offert quelques « menues » prestations à une société où travaillait son épouse.
- Vice-Président ? Christian Bîmes, sous le coup d'une procédure judiciaire pour abus de confiance et prise illégale d'intérêts. La liste des faits qui lui sont reprochés nécessiterait une douzaine de blogs comme celui-ci, mais résumons par le fait que ce brave homme est accusé de confondre son porte-monnaie et la caisse de la Fédération Française de Tennis qu'il dirige, n'ayant visiblement pas bien compris la différence entre raquette et racket.
- Membre de droit au Conseil d'Administration du CNOSF ? Guy Drut, condamné à quinze mois de prison avec sursis et 50 000 euros d'amende pour avoir bénéficié d'un emploi fictif dans l'affaire des marchés publics d'Île-de-France, opportunément amnistié par Jacques Chirac, car tel était son bon plaisir.
Si un jour vous cherchez une association à la fois indépendante du pouvoir politique en place et spécialisée en matière judiciaire, une seule adresse possible, le CNOSF. Après avoir magouillé plus pour gagner plus, ces vénérables dirigeants sportifs vont maintenant rendre la justice au nom du Guide Suprême de la Sarkolution et selon les valeurs éternelles de l'olympisme. Attendons sereinement.

Notes
[1] Dans le cas de Guy Roux, l'expression est savoureuse, appliquée à un homme qui hurle dans les vestiaires ou après les journalistes depuis 45 ans, passe la moitié de ses interviews à critiquer les décisions arbitrales des matches qu'il a perdus et le reste de son temps à percevoir des sommes d'argent démesurées de la part de télévision ou de radios qui l'emploient pour vomir sur tout ce qui bouge. « Éducateur » !
[2] Comité National Olympique et Sportif Français