Bayrou ou l’hologramme de la Vème
Par Etienne FILLOL, vendredi 27 avril 2007 à 16:05 :: politique
Les ségolâtres, je n’en suis pas, applaudissent à cette « recomposition » de la gauche, à cette femme qui bouge les lignes. Les sarkophobes, j’en suis, se raisonnent et tentent de cacher leur dégoût derrière le seul bulletin de vote possible.
Parce qu’au fond, dans son immédiateté électoraliste, dans sa stratégie instinctive -quasi animale- de victoire, Ségolène Royal engage avec elle le paysage électoral dans une direction sans rapport avec la démocratie française, en décalage avec l’histoire politique récente de ce pays. Suivie par une presse unanime[1], la candidate du PS et son équipe martèlent qu’une alliance avec le centre-droit représente la vraie modernité. La preuve ? D’autre pays européens le font…L’argument est un peu court et particulièrement déplacé dans le contexte français : ces pays sont dans un régime parlementaire aux scrutins proportionnels, ce qui implique qu’aucun parti ne peut gouverner sans alliance ! Que je sache, en France nous sommes dans le cadre d’une élection présidentielle à deux tours.
Placer, comme le fait artificiellement Royal, le perdant du premier tour au centre du deuxième, c’est offrir à Bayrou cette visibilité inespérée, C’est donner corps à un parti démocrate qui, sans cela n’aurait été qu’un leurre. Et que personne ne vienne me dire ici que sans les électeurs de Bayrou, cette élection est perdue : tout le monde le sait, inutile d’aligner de telles platitudes ou reprocher à ceux qui tordent du nez de vouloir la victoire de Sarkozy. Royal a débordé le cadre du rassemblement pour la victoire : elle est entrée dans une logique d’alliance pure et dure[2] avec le centre-droit.
Oui, Royal fait la courte échelle à Bayrou, ce mystificateur qui veut faire croire qu’il y aurait un « centre » dans ce pays. Pourtant, il n’est pas besoin de sondages pour savoir que les 18% de Bayrou sont composés :
- de centristes traditionnels (à peine la moitié, historiquement),
- d’une partie d’électeurs de droite qui ne cautionnaient pas le candidat UMP,
- d’une partie d’électeurs de gauche qui ne reconnaissaient aucune compétence à Royal,
- d’électeurs pseudo-stratèges que les sondages avaient poussés à imaginer que le vrai vote utile pour contrer Sarkozy, c’était Bayrou,
- d’une partie de protestataires qui trouvaient plus chic de voter Bayrou que le Pen.
Mise à part la première, ces catégories d’électeurs sont parfaitement conjoncturelles et il n’y a que Bayrou pour oser y voir une conjecture possible. Car qui peut voir dans cet amas informe la naissance d’un parti ? Personne, sauf l’attitude de Royal qui cautionne la démarche en ne parlant que de cela depuis une semaine. Dans ce psychodrame du vrai-faux débat, ce vaudeville entre PQR et télévisions, ce pas-de-deux ridicule que nous imposent la candidate du PS et son nouveau soupirant, médias et politiques y voient une modernisation de la démocratie. Il ne s’agit en réalité que d’un énième avatar de la Vème république. Les 18% du « centriste » sont du reste déjà le produit de cette Vème : L’homme Bayrou séduit, certes, mais il est absolument seul, l’UDF est tout de même un vide inter-sidéral où la personnalité de son leader occupe tout l’espace[3]. Seule une élection à se point personnalisée du président de la république pouvait déboucher sur un tel ectoplasme.
Le Parti Démocrate n’existe pas. C’est un hologramme sur les écrans de la Vème République. Les élections législatives le montreront, sauf si des socialistes-geppetto transforment le pantin de bois en petit garçon animé.
Notes
[1] ... y compris cet éditorialistosaure « chez qui le libéralisme est arrivé très vite au cerveau »
[2] Des ministres au gouvernement et des accords de désistement dans les circonscriptions, le message est clair !
[3] en trois jours, les deux tiers des députés UDF ont déjà choisi Sarkozy, la stratégie centro-centriste-de-gauche-mais-pas-trop a déjà du plomb de l'aile, avant même d'avoir décollé.
