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mar
27
mar ' 07

4,23%


C'est finalement la hausse du nombre d'inscrits supplémentaires sur les listes électorales par rapport à 2006. Ce chiffre dépasse légèrement celui de 1981 (3,7%) et de manière significative ceux des années d'élections présidentielles précédentes[1]. Ce n'est donc pas neutre mais très éloigné assurément du raz-de-marée que nous avaient vendu, au mois de décembre dernier, tous les médias qui, sûrs de leur analyse de l'âme française, juraient de conserve leurs grands dieux que ce subit élan du bas-peuple pour les scrutins ne pouvait être que le fruit de la formidable modernité de ces deux formidables candidats Royal et Sarkozy qui menait une formidable campagne.

Loin des pseudos-analyses des politologues de comptoir, nous voici aujourd'hui devant la vérité de chiffres bruts qui conduisent à modérer l'enthousiasme de la fin 2006.

Le détail des chiffres par département montre que dans les banlieues, les associations ont fait un magnifique travail de terrain pour faire inscrire des jeunes qui ne s'intéressent pas à la politique[2]. Réjouissons-nous ! Mais modulons aussi : rien ne dit que ceux-ci vont effectivement voter.

Les villes se sont plus massivement inscrites que les campagnes[3]. Mais : Dans les traditionnels bastions de gauche (Nord, Pas-de-Calais, Seine-Maritime) la hausse a été moindre.

En clair, comme souvent, la presse n'aura pas vraiment menti et aura largement survendu un phénomène de moindre ampleur : La gauche, pour gagner, ne devra donc pas trop compter sur le rejet du sarkozisme, la nouveauté de la candidate socialiste ou une pseudo-modification majeure du corps électoral, mais bien sur son propre pouvoir de persuasion.

Rendez-vous dans quelques semaines pour compter l'augmentation du nombre de votants, seul chiffre qui vaille, en espérant que la gauche en aura bénéficié à plein.

Notes

[1] La hausse avait été de 1,9% en 1988, 2,1% en 1995 et 2,3% en 2002.

[2] ... entre 5 et 10% dans les départements franciliens.

[3] Spéciale dédicace à un maire creusois qui n'a pas de quoi être fier de son département et ses tous petits 0,3% d'inscrits supplémentaires !

sam
24
mar ' 07

Allons enfants de la Ségolie


Il y a deux jours, Ségolène Royal dénonçait -pour mon plus grand bonheur- ceux qui trouvent la Marseillaise trop agressive, guerrière, voire sanguinaire. Car vouloir réécrire les très beaux vers de l'hymne national, c'est faire une lecture puérile et irréfléchie de ses paroles, c'est méconnaître l'Histoire de France et d'Europe. Je ne m'étends pas ici mais j'ai entendu avec plaisir la candidate socialiste en défendre l'originalité.

Seulement voilà...

Ces propos ne sont pas aussi purs et spontanés qu'on le dit. Comme toujours dans cette campagne présidentielle, ils s'inscrivent dans une stratégie électoralo-commerciale. Comment ai-je pu m'égarer quelques instants à en douter ? Puisque Sarkozy parle de l'identité nationale, Royal parlera de l'identité nationale[1].

En effet, depuis quelques jours, regardez la candidate faire jouer la Marseillaise en fin de réunion publique, mimant ainsi les habitudes droitières de la politique française.[2] Amour sacré de la Patrie, ô révélation à la Vierge du PS, comme il est beau d'entonner l'hymne national quand on est de gauche et européen.

Mais ce n'est pas tout. Le lendemain, Ségolène Royal, dans la surenchère permanente, clamait que « tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore. Dans les autres pays, on met le drapeau aux fenêtres le jour de la fête nationale ». Nous tombons là carrément dans la stricte pensée sarkozyste : un beau drapeau national dans chaque famille, à l'américaine, voilà ce qu'il faut pour redresser une France qui tombe. Aurons-nous sous peu le devoir de prière avant chaque repas ? L'apologie de l'enfantement dans la douleur ? Au secours ! Mais pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Il ne manquait plus que le nationalisme pour que le PS verse définitivement dans le ridicule, sombre dans l'abandon définitif de ses dernières valeurs. C'est à présent fait[3].

Ségolène Royal continue de courir après la droite qui court après l'extrême droite qui dissimule son extrémisme. A force de se gargariser de stratégie, à force de ne pas faire de politique, à force de jouer à colin-maillard avec l'UMP, au jeu de go avec l'UDF, le Parti Socialiste construit sa propre défaite, creuse sa propre tombe.

Pourtant cela n'est rien à côté du délitement absolu de la pensée socialiste au sein du parti qui porte usurpe son nom. Entendez-vous dans la campagne mugir ces féroces sondages ? Au PS, l'étendard marketing est levé. Pour ma part, je préfère, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, voter à gauche.

Notes

[1] Quelques jours plus tôt, puisque Bayrou parlait de VI° république, Royal a fait de même.

[2] J'ai bien dit « faire jouer » et non « chanter elle-même » : Je porte la salle qui chante La Marseillaise, je l'écoute. Je ne suis pas chef de choeur non plus, je suis candidate à l'élection présidentielle. De même que Royal est la candidate du PS sans savoir ce qu'est le socialisme, défendrait-elle la Marseillaise sans la connaître ?...

[3] Le jour où l'on fête le cinquantième anniversaire du Traité de Rome, l'exaltation nationale résonne comme un symbole particulièrement triste...

mar
20
mar ' 07

Les jactances de Monsieur Hulot


Nicolas Hulot s'agace que l'écologie soit devenu «un chapitre parmi d'autres». Faut-il être bête comme lui pour ne pas se rendre compte qu'il en est l'unique responsable ?! En faisant signer son pacte écologique à la plupart des candidats, il a nivelé les programmes écologiques : Dominique Voynet et Nicolas Sarkozy ont ainsi obtenu le même certificat de respectabilité en la matière. Inutile donc d'en débattre, rien que de très logique. Quel beau résultat, Monsieur Hulot !

S'en inquiétant, le voilà maintenant qui menace : « Jusqu’à présent, j’ai été correct et patient mais il peut se passer des choses d’ici le premier tour. Je peux donner un bon point supplémentaire à tel ou tel. On peut aussi envisager une action politique entre la présidentielle et les législatives. Tout est ouvert ». L'animateur de Pschiiiiiitouaïa éructe, serre ses petits poings, prétend combattre une division de panzers avec sa sarbacane. Il s'enfonce dans le ridicule. Dans la bêtise aussi, lui qui se refuse à comprendre qu'écologie et libéralisme sont par définition antinomiques; lui qui exclut tout autre débat que celui qu'il met en avant : évacués les millions de pauvres, les sans-logis, les chômeurs, les banlieues, la laïcité...

De tout cela il découle que vivre de ses rentes commerciales sur TF1 ne conduit pas nécessairement à avoir le moindre sens politique. Encore moins à la capacité à tenir un discours structuré et une pensée cohérente.

Nicolas Hulot nuit gravement à l'écologie, comme Claude Allègre nuit à l'image de la science ou les hooligans à celle du football.

dim
11
mar ' 07

Occulte du souvenir


C'est beau de refaire l'histoire. Mais à ce point là, ça en devient gênant. Parce que, rassurez-moi : Chirac...

  • Celui qui soi-disant a toujours combattu l'extrême-droite, c'est bien lui le premier ministre qui en 1986 faisait l'apologie des charters et le démontrait semaine après semaine avec son bras armé, Pasqua ?
  • C'est bien celui qui aimait tant dénoncer le bruit et l'odeur des étrangers ?
  • Celui qui se fait aujourd'hui l'apôtre de la justice, c'est bien ce premier ministre qui a nommé Chalandon, Pasqua et Pandraud dans son gouvernement de cohabitation ?
  • Celui qui prétend maintenant combattre le libéralisme, c'est bien le même qui, il y a quelques années, vantait les mérites de Thatcher et le prouvait par une politique économique de vraie droite, à la mode MEDEF canal historique ?
  • C'est bien ce type qui a fait de grandes envolée lyrico-internationales sur l'environnement mais qui, en douze ans, n'a pas mis en place la moindre mesure pour la sauvegarde de la planète ?
  • C'est bien ce jeune député élu de 1967, devenu multi-cumulard et professionnel de la politique ?
  • C'est bien ce président vieillissant qui nous donne des cours de laïcité après avoir défendu avec acharnement les milliards distribués aux écoles catholiques ?
  • C'est bien ce président qui a craché sur les institutions en ne démissionnant pas après des élections législatives qu'il avait lui même provoquées en 1997 ?
  • (liste non exhaustive)

Non rassurez-moi, parce qu'un instant j'ai eu peur qu'il s'agisse d'un autre...

Chirac, escroc de la politique, abuseur public, tu prends tes cliques et tes claques et tu dégages. Il était temps. J'aime l'Histoire et j'avoue ne pas admettre qu'on la refasse... Avec ou sans Péan.

sam
10
mar ' 07

Grands Porcs Malades


Simone Veil soutient Sarkozy qui soutient l'idée d'identité nationale comme un rempart aux hordes d'immigrés. Raymond Barre défend Papon, pourtant plus qu'indéfendable, trouve des qualités à Gollnisch, son compatriote du Lyonnais, fustige des lobbys à la mode des années quarante.

La vieille garde de l'UDF, décidément, exhale une odeur de viande avariée... En souvenir des alliances régionales de Charles Millon et Jean-Pierre Soisson ?... Ou en préambule d'une biographie de Marine Le Pen par Giscard ?

jeu
01
mar ' 07

Comme disait Aragon...


Et voilà, nous y sommes.

En septembre dernier, j'ironisais amèrement sur la communication d'Airbus dont le catastrophisme soudain sur le thème-alibi de câbles électriques mal ficelés dans un avion sentait à plein nez la préparation d'un vaste plan de licenciement. Cinq mois plus tard, comme prévu, les chiffres tombent, les emplois meurent, les salariés pleurent et c'est toute l'Europe libérale qui se retrouve dans cette tranche de vie de l'avionneur européen.

Souvenez-vous il y a quelques mois, tous les milieux autorisés expliquaient, à longueur de colonnes de quotidiens vespéraux, de télés de maçons et autres radios populistes, la nécessaire et inéluctable restructuration d'Airbus : C'était un non-sens de répartir les sites de production dans autant de pays européens, parfaitement crétin de dépenser de l'argent à transporter des pièces à travers la France, l'Allemagne et l'Espagne, invraisemblable d'avoir des co-directions quadrilingues. Ce n'était pas une question sociale ou financière, mais bien de la pure logique que tout le monde, enfants de cinq ans inclus, pouvait comprendre. Résultats ? On ferme quelques sites, on met dix mille gugusses au chômage et... on conserve l'organisation décrite quelques lignes plus haut : co-direction franco-allemande, productions en Angleterre, en Espagne, en France et en Allemagne. Rien n'a changé. C'est c'ui qui vire qu'y est : l'action EADS a gagné 1,8% à la bourse de Paris.

Deuxième symptôme : la mise en concurrence directe de la France et de l'Allemagne qui se sont battus entre eux pour que les suppressions de postes se fassent d'abord chez le voisin. Lamentable Europe, belle idée pourtant mais laminée jour après jour par les porcs libéraux qui la gouvernent en sous-main, autorisant -que dis-je ? fabriquant !- la concurrence directe de pays qui devraient pourtant n'avoir que des objectifs communs. Tels des gueux affamés qui se battent pour un morceau de viande, les peuples s'affrontent dans une concurrence insensée pour quelques emplois, quelques points de croissance ou quelques investisseurs étrangers.

Quand on parle d'Europe « des peuples », soyons clairs : on parle d'Europe « des peuples qui se foutent sur la gueule pour s'en sortir moins mal que le voisin ».

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?