Bien sûr, il y a ce côté « chrétien de gauche » duquel je me sens très éloigné, pour ne pas dire qu'il m'inquiète. Comme j'aime à le répéter, la caque sent toujours le hareng et je ne suis jamais très rassuré pour l'indispensable laïcité française à l'idée de donner les clés de la république à un tenant de la tradition catholique, fut-il de gauche.
Je veux l'affirmer ici encore une fois : La première des valeurs socialistes, c'est la laïcité, condition impérieuse d'une république unitaire. Une candidature socialiste, même 'installée', peut se gargariser de termes flous, peut agrémenter le mot « république » de qualificatifs vagues et creux : république juste, république nouvelle, république du respect. Je n'en ai cure. Je suis socialiste et ce qui m'importe c'est que la république soit parlementaire et laïque. Le reste n'est que mistral et zéphyr, pour ne pas dire poudre aux yeux.
La laïcité, c'est l'égalité. C'est la liberté, c'est le socle d'une intégration possible pour tous. C'est aussi faire reculer tous les fondamentalismes. La laïcité émancipe. Elle émancipe les femmes, mais aussi les jeunes. Elle rend responsable car elle offre autant de devoirs que de droits. La laïcité, c'est l'identité de la société française et elle doit être au coeur même d'une action de gauche. Nicolas Sarkozy qui fait le signe de croix en public, qui se mêle des affaires du culte musulman, qui envisage de revoir, à la demande de tous les cultes, cette admirable loi de 1905 qui garantit la neutralité de l'Etat en matière religieuse : tout cela doit être combattu par la gauche de la façon la plus ferme, c'est à dire explicitement..
Alors que la laïcité est le plus bel héritage que nous aient laissé les grands anciens, je demande donc -que dis-je ? j'exige !- que le candidat socialiste prenne position de la façon la plus ferme pour une laïcité libre et non faussée.
Or, qui a entendu Ségolène Royal sur ce sujet ? Personne, car cela ne résonne pas en elle comme un engagement impérieux.
Chez Bayrou, la croyance religieuse est assumée mais aussitôt compensée par l'affirmation répétée d'un attachement absolu à la laïcité. Chez Royal, phénomène très inquiétant, aucun discours n'est jamais venu appuyer en ce sens : Non que je puisse penser qu'elle veuille rétablir le pouvoir de l'église, mais il me saute aux yeux que la laïcité n'est pas une valeur fondamentale de son engagement politique.
Cette apologie de la famille, ce leitmotiv de la tradition, cette obsession des valeurs. Voilà qui me donne à croire en l'écoutant que j'assiste un prêche dominical. Pour elle, la politique, c'est la gestion de la cellule familiale. L'unité fondamentale de la société, ce n'est pas la communauté comme le croit Sarkozy ou la collectivité comme l'envisage la gauche, c'est la famille. Elle le répète, le scande, le martèle : la politique c'est « permettre à chacun de transmettre des valeurs à ses enfants. »
Or, la laïcité, c'est permettre la rencontre des cultures. Au rebours, marteler la transmission des valeurs au sein de la famille, c'est laisser chacun sur son quant-à-soi. Alors bien sûr, Royal m'inquiète plus que d'autres du fait de sa position de candidate potentielle. Mais d'autres socialistes ont eu des actes ou des paroles étranges -pour ne pas dire inacceptables- en la matière : Il n'y a pas de quoi être fier du PS quand Delanoë donne le nom de Jean-Paul II au Parvis de Notre-Dame. Il y a de quoi s'étrangler quand Martine Aubry autorise les horaires de piscine aux musulmanes comme les réclament les fondamentalistes.
Seulement nous sommes en campagne et nous parlons de choisir le futur chef de l'Etat. Delanoë et Aubry n'importent plus. Seuls comptent pour le moment les trois candidats. Et Royal fait froid dans le dos :
Comme Martine Aubry, elle a défendu les horaires d'accès réservé aux femmes dans les piscines municipales : « Dans certains cas, si les municipalités le font, c'est peut être que ça correspond à une demande. Les femmes enceintes ou les filles qui se font embêter à la piscine par les garçons, ça mérite d'être regardé. »
A l’école, elle a suggèré de « réfléchir à des aménagements d'espaces non mixtes, des moments d'accalmie. Lors des cours d'éducation sexuelle par exemple, c'est indispensable. En éducation physique, à la piscine, pourquoi pas. Et même à la cantine qui est un moment fort de déclenchement de violence : on s'y bouscule beaucoup. »
A propos du voile à l'école, contrairement à ce qu'elle essaie de faire croire maintenant, elle n'était à l'époque pas favorable à son interdiction et n'y voyait même pas un débat important : « Qu'est-ce qui est le plus inquiétant pour les valeurs françaises ou européennes ? Trois filles qui portent un foulard et qui finissent par l'enlever ou bien le fait que tous les jours des millions d'enfants voient pendant trois heures d'affilée des dessins animés japonais où on s'entretue. ( ... ) Moi je pense que c'est beaucoup plus grave, ce qui se passe à la télévision. »
Sans parler, à la marge, de son engagement contraint au mariage homosexuel, elle qui, il y a six mois à peine, y était explicitement opposée en avançant que « la famille, c'est un père et une mère ». Ou encore ces propos privés rapportés par le Monde au moment des caricatures de Mahomet : « N'aie pas peur, je ne laisserai pas insulter Dieu ! ».
Je vous salue Marie-Ségolène, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous.
Moi non.