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sam
30
sep ' 06

Airbus : Faillite Simulator


Il y a un an encore, Airbus était le fleuron de l'industrie du vieux continent, EADS un exemple de la géniale inventivité européenne. Aujourd'hui c'est un paria, un moins-que-rien croupissant dans les égouts des rédactions journalistiques. Ainsi vont les médias, rognant leur os méticuleusement jusqu'à passer à autre chose, encensant sur commande, étranglant sur ordre.

Quelques mois en arrière, combien de reportages a-t-on pu voir qui vantaient l'extraordinaire organisation de cette entreprise, capable de construire « le fabuleux, l'incroyable, l'extraordinaire, le légendaire » A380 sur plusieurs sites et déployer des trésors d'imagination pour transporter d'Angleterre, d'Espagne ou d'Allemagne des ailes géantes, des moteurs monstrueux, des fuselages gigantesques jusqu'à la Ville Rose ? Que ne nous a-t-on pas montré ces hordes d'ingénieurs parvenir à faire passer ce monstre aéronautique sous tel pont ou tout faire pour ne gêner en rien les riverains de telle route empruntée par le convoi. Ce temps là est révolu. A présent, cette dispersion sur le continent des sites de production est devenue une erreur majeure. Ce qui symbolisait hier l'unité européenne nécessite aujourd'hui un plan de restructuration.

EADS c'était l'Europe qui gagne, celle qui fait la nique aux américains. Il y a deux ou trois ans, Boeing était —c'était sûr— au bord du dépôt de bilan, de la faillite totale, et ce « grâce » à l'incroyable travail de vaillants ingénieurs européens, magnifiques fourmis toulousaines dont l'acharnement patriotique leur valaient presque médailles du travail, légions d'honneur ou croix de guerre. Aujourd'hui, c'est devenu revers de la médaille, légions de chômeurs et chemins de croix. Comme ça, en peu de temps, Airbus —c'est abracadabrantesque— a fait pssssscchiiiitttttt[1].

Hier, Airbus était le symbole de l'unité européenne, vantée par tous les ministres ayant de près ou de loin un rapport avec le sujet[2], glorifiée à longueur de réunions continentales par tous les hommes politiques. C'était la démonstration par la preuve[3] d'un libéralisme européen triomphant, la caution d'un référendum constitutionnel. Ce n'était plus une entreprise, c'était un totem. Seulement voilà, une simple visite de Poutine à Paris et l'on apprend que ce consortium n'est en fait qu'un vilain repaire de veules actionnaires prêts à se vendre à des banques russes anthropophages. Pire, EADS serait le terrain de jeu d'une guerre franco-allemande sans merci.

Hier, dès que la moindre compagnie aérienne d'Ouzbekisthan envisageait l'achat d'un A320 à crédit sur 99 ans, TF1 et les pages saumon du Figaro en faisaient leur une : Gloire à toi Noël Forgeard, père bienveillant de toutes les vertus libérales. Aujourd'hui, ces mêmes experts nous donnent l'impression qu'Airbus ne vendrait plus un avion, que Boeing raflerait marché sur marché.

Hier, l'A380 était une idée exceptionnelle que Boeing, misérable entreprise sans imagination, ne pouvait avoir eue et voilà qu'à présent, cet avion serait la plaie de l'aéronautique, accumulant les retards, agaçant les compagnies aériennes du monde entier, concept déjà révolu avant même d'être né, gouffre financier pour son concepteur.

De mon petit hublot à moi, je m'interroge. Une entreprise telle que celle-là ne peut s'effondrer en quelques mois. Alors ? Quand nous ment-on ? Aujourd'hui ou hier ? Les deux, mon Général Commandant de Bord. Hier des conseillers en communication créaient une dynamique victorieuse en vantant tous les succès d'Airbus, évidemment relayés par des médias toujours avides de success stories. Aujourd'hui, il s'agit de préparer employés, sous-traitants et opinion publique aux plans sociaux qui s'annoncent, inéluctables, imparables.

La communication d'entreprise est aussi puissante, sinon plus, que celle de la classe politique. L'univers y est sans doute plus opaque encore.
Airbus
Toulousains, toulousaines, inquiétez-vous. C'est, vous vous en doutez bien, un crève-coeur pour les nouveaux dirigeants de l'entreprise, mais le contexte international, la compétition mondiale les y obligent : vous devez accepter un plan de relance —c'est-à-dire un plan de finance—, un plan social —c'est-à-dire un plan anti-social—. Tous vos journaux vous y ont préparés depuis des mois, aujourd'hui la conclusion est proche. Ainsi va la vie : réduire les coûts c'est réduire vos paies. Relancer une industrie, c'est relancer l'ANPE.

L'Europe qui gagne, c'est aussi l'Europe qui licencie.

Notes

[1] © Jacquot.

[2] Plus Sarkozy qui, je le rappelle, a un rapport naturel avec tous les sujets.

[3] © Ségo.

jeu
28
sep ' 06

La femme qui murmurait à l'oreille des cons


Le site web de l'UMP est riche. Très riche. C'est la tribune officielle de Valérie Pécresse, c'est vous dire... Dès qu'une dépêche AFP tombe, Valérie accoure, Valérie convoque quelques amis journalistes, Valérie commente. Et aussitôt, Valérie met en ligne sur u-m-p.org[1].

Cette semaine, je tombe donc sur ce texte : « Sondage CSA-Le Parisien : une formidable attente de changement chez les Français : Pour l’UMP, les résultats du sondage CSA-Le Parisien publiés aujourd’hui témoignent d’un formidable appétit de changement des Français : 87% des personnes interrogées demandent le changement. Un éclairage qui donne raison à Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci dit que les Français n’ont pas peur du changement, mais qu’ils l’attendent, a relevé Valérie Pécresse. Sur la « rupture », question pour laquelle les sondés étaient appelés à se prononcer, la porte-parole a rappelé que l’UMP ne propose pas une rupture avec le fonctionnement actuel de la société, mais une rupture avec la façon actuelle de faire de la politique qui suppose d’entreprendre beaucoup plus de réformes dans notre pays. »

Ne pouvant me contenter d'un webmaster qui commente les propos d'une porte-parole, qui elle-même s'exprime au nom de Sarkozy pour décrypter l'opinion des français traduite par un institut de sondage[2], j'envoie en éclaireur ma souris sur le site de CSA. Et là, tout s'illumine : le génie de Valérie Pécresse apparaît au grand jour. Avant de lire ce qui va suivre, je vous invite donc à parcourir une deuxième fois les propos de la porte parole de l'UMP, supra. C'est fait ? Voici donc les résultats du sondage en question :

Question n°1: Concernant la manière dont fonctionne la société française actuellement, souhaitez-vous que le prochain président de la République…?

  • instaure une rupture avec le fonctionnement actuel de la société : 25%
  • aménage le fonctionnement actuel de la société française : 62%
  • conserve le fonctionnement actuel de la société française : 6%

Oui, vous avez bien lu : la « rupture » martelée par Sarkozy recueille 25%, mais Pécresse réussit à nous faire croire que 87% des sondés plébisciterait le demi-nistre de l'intérieur. Magnifique contorsionnisme cérébral, caricature de distorsion intellectuelle, flagrant délit de mensonge.

Et ce n'est pas fini : à la question de savoir si tel ou tel candidat supposé « incarne la rupture avec la manière dont fonctionne la société française actuellement », Nicolas Sarkozy recueille 51% de « non » ! Je vous fiche mon billet que le nain de Beauvau ne va pas tarder à abandonner son slogan marketing fétiche. La « valeur-rupture » a du plomb dans l'aile.

Quant à « porte-parole » : quelle autre définition lui attribuer que celle de « métier d'escroc qui consiste à tordre la réalité jusqu'à faire entrer des carrés dans des ronds en espérant faire croire qu'il n'y a pas de truc dans le tour de magie » ?[3]

Notes

[1] Attention, ne pas confondre avec ump.org qui est un site de rencontres amoureuses spécialisé dans les « filles de l'est » ou ump.fr qui est le site des urgences médicales de Paris.

[2] La sous-traitance est autorisée, mais à ce point là, c'est un peu suspect...

[3] Spéciale dédicace de ce billet au camarade Montebourg...

sam
23
sep ' 06

Vade Sarko, Segolas !


Ainsi, le demi-nistre de l'Intérieur doit se rendre au Sénégal dans les heures qui viennent. Agacement de Royal qui avait, elle aussi, inscrit sur son agenda la visite touristico-électorale de Dakar la semaine prochaine et risque de se faire voler les caméras par le premier fliqueur de France. Et ça, Ségolène ne peut pas le supporter. Autant on peut lui dire qu'elle est démagogue, de droite, nulle, creuse, dépourvue d'idée, populiste, sans provoquer chez elle le moindre battement de cil... autant un détournement médiatique la fait sortir de ses gonds.

Ces deux là sont décidément affligeants. Incapables, ne serait-ce qu'une seule seconde de leur vie, de cesser de penser à l'image qu'ils renvoient. Incapables aussi de ne pas se surveiller l'un l'autre comme le lait sur le feu. Ce double voyage concomitant -pour ne pas dire concurrentiel- est comme un symbole : nos deux moustiques chassent sur les mêmes terres médiatico-électoralistes, abordent les mêmes thèmes au même moment et se répondent à travers micros et caméras sur les sujets qu'ils ont eux-même inventés. Bamako-Cachan, même combat. Dakar-Bobigny, même objectif. Curieux aussi comme il y a quelques semaines déjà, les deux mêmes protagonistes se succédaient à trois jours d'intervalle à Bruxelles, en quête d'une reconnaissance européenne. A force de fréquenter les mêmes lieux au même moment, ils devraient finir par prendre les mêmes avions pour économiser des frais de transports.

Aux journalistes qui pointent l'étrange croisement africain de leurs calendriers, nos deux apprentis-présidents répondent la même chose : nous n'allons pas à Dakar parler des mêmes choses. Ah ? L'un va conclure un « accord sur l'immigration partagée » (traduire par : « limiter l'immigration ») et la seconde pour parler de codéveloppement (traduire par : « aider les africains pour leur éviter de pénible déplacement en France »). La différence est dans la méthode, c'est évident, mais le sujet est bien le même. Unité de lieu, de temps et d'action : les ressorts de la tragédie antique. Car oui, ces deux là sont tragiques : le renouvellement politique qu'ils prétendent incarner n'est que le flirt de la démagogie avec le populisme, l'alliance de la pensée facile et du sourire super-white.

Ces deux là jouent sur la même stratégie : celle de l'opinion. C'est un choix. Un pari qui n'a guère fonctionné au cours des décennies passées, mais qui leur permet pour le moment de naviguer sur la vague de la popularité et d'accaparer le débat public.

Un exemple de la démocratie d'opinion que portent Royal et Sarkozy : Ce dernier, pris les mains dans le pot de confiture de la délinquance en hausse exponentielle en Seine-Saint-Denis, se dédouane lui-même en désignant à la vindicte populaire le laxisme des juges. A ceux qui hurlent (à juste titre) à la mise en cause de l'indépendance de la justice[1], Sarkozy a ces mots : « Les français savent bien que j'ai raison ». Tout est dit : pour lui, le respect des institutions n'est rien au regard de ce que les français pensent de lui sur le moment. Peu importe également qu'un audit montre le sérieux et la compétence des juges du tribunal de Bobigny, Sarko le Démago préfère se délecter des 77% de français qui estiment[2] que la justice n'est pas assez sévère. Voilà qui fait écho dans un tout autre domaine à Royal qui répond à la demande de débats internes au PS « qu'il n'existe pas de débats internes ou externes au PS, mais seulement un débat avec les français ». Une façon de sauter par dessus le calendrier de son propre parti, de refuser l'échéance électorale des primaires socialistes et se vautrer elle aussi dans une opinion favorable. Voilà ce qui réunit ces deux là : du moment que l'opinion va, tout va.

Mais décidément, ces derniers temps, il était frappant d'observer le mimétisme entre les deux déjà-vainqueurs de l'élection présidentielle : Sarkozy après s'être opposé à la privatisation de GDF, a fini par se ranger et accepter l'opération. On croyait tenir là une différence entre les deux agitateurs de caméras. Mais patatras ! Voici qu'hier la Dame du Poitou déclare explicitement ne pas exclure l'ouverture du capital de GDF aux capitaux privés. Nos deux compères piétinent décidément la même plate-bande.

Autre hasard du calendrier : aussitôt l'un fait-il une bourde diplomatique que l'autre lui répond par une faute du même acabit. À New-York la semaine dernière, Sarkozy, pour défendre son modèle, son rêve américain, rétorque à l'étonnement de certains : « Vous voudriez que j'admire le modèle russe » ? Et pan ! Prends ça dans la tête, le slave ! Royal, jamais en reste, estime publiquement quelques jours plus tard que le premier ministre hongrois devrait démissionner. Ingérence chez le voisin, uppercut au menton du magyar ![3]

Après le jeu de ping-pong à propos de la carte scolaire, dans lequel les médias se sont obstinés à pointer des divergences qui à l'évidence n'existent pas, il faut les entendre rivaliser d'éloquence sur la même « valeur-travail ».

Au vrai, Royal et Sarkozy jouent à s'opposer, pendant que dans le miroir Layor et Yzokras prennent le thé en se contant fleurette. Les deux siamois sont interchangeables et n'ont d'opinion tranchée que là où les sondages montrent une frontière marquée. À l'UMP comme au PS, c'est ce qu'on appelle « bouger les lignes ». Dans le Figaro et dans le Monde, on préfère « transcender les clivages ». Chez moi on appelle ça « démagogie », mais il est vrai que le vocabulaire n'a jamais mon fort...

Notes

[1] ... ce qui n'est pas le cas de Royal qui s'est insurgée contre les propos du Ministre de l'Intérieur mais a jugé qu'il ne s'agissait en rien d'une remise en cause des principes de séparation des pouvoirs.

[2] ... dans un sondage IFOP-LCI-Le Figaro, trois entreprises dirigées respectivement par Laurence Parisot, Martin Bouygues et Serge Dassault, amis personnels de Sarkozy et très légèrement orientés à droite.

[3] En marge de ce billet, je soumets à l'appréciation du lecteur le fait que le lendemain, Ségolène Royal sur La Chaîne Parlementaire déclarait à propos de Sarkozy : « Moi mon rôle ce n'est pas d'appeler à la démission de tel ou tel ». Donc si je comprends bien, l'opposition parlementaire de Paris lutte en réalité contre la majorité gouvernementale de Budapest mais n'a pas à juger l'action de la droite française au pouvoir ? L'ordre juste est décidément un concept extraordinairement complexe...

sam
16
sep ' 06

Le vent du nord


Lens, au coeur de ce Nord historiquement gaucher, a été le théâtre d'un défilé de prétendants socialistes. Embryon de débat démocratique, cette réunion des socialistes du Pas-de-Calais constituait pour être plus exact une présentation à la chaîne des candidats.

Un peu étrange sur la forme[1], l'évènement n'en n'a pas moins été éclairant.

Au vrai, l'évènement, c'est que, pour la première dans doute depuis des mois, la vedette du jour n'a pas été Ségolène Royal : Malgré tous ses efforts pour se démarquer et s'en tenir à une intervention minimale qui, jusqu'ici, lui permettait de faire « la une », elle n'a cette fois pas retenu l'attention. Comme à la Rochelle, elle s'est contentée d'être la première intervenante puis s'est éclipsée, laissant les autres entre eux. Décidément les réunions socialistes ne lui conviennent guère. Son discours a été conforme à l'habitude; de Frangy à Lens, de la Rochelle aux journaux télévisés de 20 heures, l'objectif restant toujours le même : placer ses expressions fétiches « désir d'avenir », «intelligence collective », « valeurs », « famille »[2]. Cela ne suffit visiblement plus.

A l'évidence, aujourd'hui à Lens, c'est Laurent Fabius qui a marqué les esprits : discours remarquablement offensif à l'égard de la droite, pulvérisation efficace de Sarkozy, capacité oratoire hors du commun, positionnement politique nettement à gauche et explication convaincante des différences d'appréciation des candidats sur des sujets comme la carte scolaire, la laïcité ou le pouvoir d'achat. Fabius a « retourné » les 2.500 militants du stade Léo Lagrange en démontrant une vraie vision de la bataille qui s'annonce : Alors que Ségolène caracole en tête des sondages, que Martine Aubry et Jack Lang étaient les régionaux du jour, que Jospin est traditionnellement apprécié dans le Pas-de-Calais, c'est objectivement Fabius, pourtant en situation de faiblesse, qui a raflé la mise en se faisant ovationner par les militants.

Quoiqu'il en soit, les choses sont à présent évidentes : les sondages ne suffiront plus à Royal, elle qui, selon IPSOS, dans les intentions de vote[3] du premier tour, est tombée de 30% en mai dernier à 29% en juin et juillet, puis 28% en août et 27% en septembre.

Et si au PS le vent avait tourné ?

Notes

[1] Chaque candidat devait parler seul dix minutes et répondre à des questions pendant un quart d'heure. En réalité, les questions (soi-disant tirées au sort, mais en réalité de toute évidence choisies) n'ont pas excédé sept à huit minutes par orateur

[2] En dix minutes : neuf occurrences du mot « famille », mais pas la moindre allusion à la « laïcité ».

[3] Ce qui est très différent des sondages de popularité.

ven
08
sep ' 06

Le Sarko est le Renard


Le précédent billet d'Enzo qui dénonçait la collusion objective entre pouvoir politique et puissances de l'argent trouve son écho dans les sondages dont nous abreuvent ces instituts pseudo-spécialisés, prétendument scientifiques, maîtres de l'enquête d'opinions, maîtres de l'opinion tout court.

L'un d'eux, l'IFOP, est dirigé par Laurence Parisot[1], par ailleurs tête de pont du MEDEF. Lors du dernier congrès de cette belle association de bienfaiteurs, la susnommée a trouvé seyant de tutoyer l'invité-vedette, Nicolas Sarkozy, au nom de leur passage commun à l'Institut d'Etudes Politiques[2], peut-être aussi en l'honneur du frère Sarkozy, Guillaume, ancien vice-président du MEDEF. La boucle est bouclée, le petit monde tourne rond. C'est quand même bien fait la nature...

La collusion est parfaite. Parisot copine ouvertement avec Sarkozy et la droite en général. La première fournit aux médias des sondages favorables au second et il ne faudrait y voir qu'un hasard ? Et quand on a entendu, à la fin août, la Dame Patronnesse Patronale afficher sans détour sa « volonté de peser sur l'élection présidentielle de 2007 », fallait-il que nous fussions assez stupides pour prêter à l'IFOP une once de neutralité ?

Démonstration par les intéressés eux-mêmes : dernier sondage en date pour le Figaro et LCI sur les sans-papiers, duquel les médias ont tiré l'enseignement qu'« une majorité de Français (52%) approuve l'évacuation du squat de Cachan ». Vous finissez par me connaître, il a fallu que j'aille y voir de plus près, ça a été plus fort que moi.

Ainsi, on y découvre que la question posée était précisément la suivante : « Le 17 août dernier à Cachan dans la région parisienne, la police a expulsé, en raison des conditions d'insécurité et d'insalubrité, plusieurs centaines de personnes qui occupaient illégalement depuis 3 ans un bâtiment universitaire. Vous personnellement approuvez-vous cette action ? ». A voir le problème formulé de cette manière, j'ai cru à une mauvaise plaisanterie. C'est pourtant bel et bien ce a quoi 954 français ont du répondre. Si l'euphémisme cherchait un exemple d'école, dire que cette question est légèrement orientée travestirait encore la réalité. Il n'y manque que l'affirmation d'anthropophagie des squatteurs ou la présence de tueurs en séries dans les rangs de tous ces voleurs de poules. Dans de telles conditions, constater que 46% des sondés ont osé répondre « non » à une telle question est rassurant...

Ni vu ni connu, Parisot a ainsi offert un bon point, sinon un blanc-seing, à Sarkozy. Très bon travail, mon garçon, continue, mes amis et moi-même te soutenons. Mais, pensez donc, elle n'allait pas s'arrêter en si bon chemin. Dernière question de la même enquête : « En matière de lutte contre l'immigration clandestine, diriez-vous que la politique menée par Nicolas Sarkozy est...? ». Le culte de la personnalité a atteint l'IFOP/MEDEF : Sarkozy travaillerait tout seul et mènerait sa propre politique ? Toujours on parle de « politique économique du gouvernement » ou, dans tous les domaines, de « projet gouvernemental », mais en matière d'immigration, cela devient « la politique de Sarkozy ». On croit rêver.

Chers amis socialistes, les sondages politiques sont notoirement manipulés. La droite, comme l'a très bien démontré Nathan Lalbiges, a un intérêt évident à voir Ségolène Royal choisie comme candidate. Vous êtes en train de vous fourvoyer gravement, le nez dans les pourcentages, les yeux dans les courbes montantes. D'autres rafleront la mise et vous ramasserez piteusement vos petits chiffres, vos petites courbes de couleur, vos petits camemberts tombés en sol, en jurant, mais un peu tard[3], qu'on ne vous y prendrait plus.

Notes

[1] ... Nous l'avons déjà dit, je le redis, personne ne s'en lasse.

[2] Passage fructueux pour l'une et stérile pour l'autre puisque Sarkozy en est sorti sans diplôme.

[3] ... et pour la troisième fois, après 2002 et 2005.

sam
02
sep ' 06

Sarkozium tremens


Le décentralizozoteur

Surprise de cette fin d'été, Nicolas Sarkozy est un adepte de la décentralisation. Lui qui ne rêve que de tenir tous les pouvoirs dans sa main, jouant dans son salon avec la carte de France comme le dictateur de Chaplin, reconnaît pourtant des situations où le pouvoir local doit se substituer à celui de l'État. J'en veux pour preuve sa dernière sortie sécuro-immigrationniste à propos du squat de Cachan : « Quand j’ai fait évacuer le squat et qu’ils se sont mis à occuper le trottoir, j’ai fait évacuer le trottoir, mais le maire socialiste a décidé de les accueillir dans un gymnase et maintenant, c’est son problème ». Non, cher lecteur, tu ne rêves pas : Cet homme qui aspire à diriger le pays se lave les mains des cinq cents personnes (sur)vivant depuis deux semaines dans des conditions déplorables dans un gymnase du Val-de-Marne, après qu'il les a lui-même expulsées sous prétexte de les protéger d'un danger immédiat. Pas son problème. Pas le temps. Débordé. Passé à autre chose.

L'écono-sophiste

En effet, une visite auprès de ses amis du MEDEF l'a incité à basculer du côté socio-économique de la force. C'est décidé, petit jedi du libéralisme, il va faire étalage de son niveau de connaissances en économie : « La justice, ce n’est pas que tout le monde gagne la même chose, c’est que, quand on travaille plus que les autres, il est normal qu’on gagne plus que les autres »[1]. Typique des petites phrases récurrentes du candidat UMP, ce sophisme de très belle facture a pour but de faire croire que son auteur a des convictions fortes, tout en ne disant rien, ou son contraire, ou les deux à la fois.[2]

Enhardi par sa propre audace, le voilà qui lance à propos des 35 heures : « La France ne s'est pas encore remise du choix historiquement stupide qui veut faire croire qu'en travaillant moins on peut gagner davantage. ». C'est beau comme du Baudelaire. Sauf que le poète puisait son génie des substances illicites qu'il s'administrait alors que Sarkozy le tient d'un hamburger avarié qu'il aurait ingurgité trop rapidement. Ce raisonnement pseudo-économique va à l'encontre de toutes les études économiques sérieuses sur ce sujet (voir le détail sur le blog d'Olivier Bouba-Olga). Avec Sarkozy, l'économie flirte avec le paranormal.

Le démocrate

Mais rien ne l'arrête. Devant une assistance de patrons ravis, admirez son courage à fustiger les syndicats : « Je souhaite que lorsqu’il y a une grève dans une entreprise, dans une université ou dans une administration, on organise dans les 8 jours un vote à bulletin secret pour en finir avec la dictature de certaines minorités ». Outre que cette idée présente le handicap majeur d'être anti-constitutionnelle (elle porte atteinte au droit de grève, qui est individuel et non collectif, comme le voudraient Sarkozy et chefs d'entreprises réunis), nous avons encore là un exemple typique de la rhétorique sarkozyste : un coup d'oeil rapide fait croire qu'il dispense un peu plus de liberté -les ouvriers acquièrent un nouveau droit de vote-, une lecture plus attentive montre au contraire qu'il réduit le droit des citoyens : celui, fondamental, qui permet à une minorité de faire grève[3].

Le sarkozium tremens est un trouble neurologique sévère qui se caractérise par un état hypnotique et agité, une confusion mentale provoquant de fréquents délires oratoires et un comportement agressif répété. Une seule solution : votez !

Notes

[1] Notez au passage l'admirable construction grammaticale de cette phrase prononcée par un homme qui se dit avocat. Quelqu'un a-t-il pensé à vérifier que le diplôme de Sarkozy n'était pas bidonné ?

[2] N'épiloguons pas : si les salaires ne dépendaient que de la quantité de travail, cela se saurait et un grand patron ne gagnerait alors pas cent fois ce que gagnent ses ouvriers, sauf bien sûr à imaginer qu'il travaille 35x100=3500 heures par semaine.

[3] Imaginons une entreprise de 500 personnes dont 20 seraient notoirement exploitées : Sarkozy ne voit pas d'obstacle a retirer le droit de grève à ces derniers sous prétexte qu'il leur manquerait 230 voix !