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lun
31
juil ' 06

C'était Jaurès...


( 3 septembre 1859 - 31 juillet 1914 )

Il y a quatre-vingt douze ans, jour pour jour, au désormais célèbre Café du Croissant, Raoul Villain -le bien nommé- assassinait Jean Jaurès. Au-delà de ce minime hommage, je soumets, en guise de réflexion, à mes amis socialistes cet extrait d'article paru dans l'Humanité en 1904 sous la plume du député tarnais dont le but permanent était de rassembler sa propre famille politique malgré les dissensions :

Cette nécessaire évolution sociale sera d’autant plus aisée que tous les socialistes, tous les prolétaires, seront plus étroitement unis. C’est cette union, que tous ici, dans ce journal, nous voulons travailler. Je sais bien quel est aujourd’hui, dans tous les pays, l’âpreté des controverses et des polémiques contre les socialistes. Je sais quel est le conflit des méthodes et des tactiques ; et il y aurait enfantillage à prétendre couvrir ces oppositions d’une unité extérieure et factice. L’union ne peut naître de la confusion. Nous défendrons toujours ici, en toute netteté et loyauté, les méthodes d’action qui nous semblent les plus efficaces et les plus sûres. Mais nous ne voulons pas aggraver, par l’insistance des controverses et le venin des polémiques, des dissentiments qui furent sans doute inévitables, et que le temps et la force des choses résoudront certainement. Socialistes révolutionnaires et socialistes réformistes sont avant tout, pour nous, des socialistes. S’il est des groupes qui, ça et là, se laissent entraîner par passion sectaire à faire le jeu de la contre-révolution, nous les combattrons avec fermeté. Mais nous savons que dans les deux fractions socialistes, les dévouements abondent à la République, à la pensée libre, au prolétariat, à la Révolution sociale. Sous des formules diverses, dont quelques-unes nous paraissent surannées et par conséquent dangereuses, tous les socialistes servent la même cause. Et l’on verra à l’épreuve que, sans rien abandonner de nos conceptions propres, nous tâcherons ici de seconder l’effort de tous.

Il me semble que ces quelques lignes contiennent beaucoup des débats qui animent en cet été 2006 certains courants du PS.

mar
25
juil ' 06

Lettre ouverte à Arnaud Montebourg


Cher Arnaud,

Il y a quelques années, lorsque vous êtes né à la politique, le premier trait qui m'ait frappé chez vous, c'est cet emploi systématique de l'imparfait du subjonctif, jusque dans les joutes orales, usage plus qu'inhabituel. Je sais, c'est futile, mais que voulez-vous, j'aime l'imparfait du subjonctif. Je ne l'utilise moi-même que rarement, par peur d'offrir une image de désuétude pour ne pas dire de pédanterie. Par manque de talent, sans doute aussi. Mais j'apprécie que d'autres le fassent, cela témoigne d'une (re)connaissance de l'histoire. Celle de la langue française en l'occurrence, mais plus généralement de tout ce qui nous a précédé. Apprendre de nos aînés. Ne pas répéter les erreurs déjà commises.

Mais foin de ces questions grammaticales, cette introduction n'avait d'autre but que souligner votre évident attachement aux choses passées. Talent et histoire : ces deux traits qui vous caractérisent rappellent curieusement François Mitterrand, cela vous a déjà été dit, nécessairement, à moults reprises. Depuis vos premiers combats à l'Assemblée Nationale, je vous suis. De loin, de mon jardin, de ma lorgnette, sans engagement, mais avec cet oeil amical, d'abord amusé et sceptique dans votre lutte contre un président affairiste, puis intéressé par votre capacité à dénoncer si justement les dérives de notre vie politique, enfin attaché grâce à votre persistance à refuser le socio-libéralisme mou d'une certaine gauche, incapable de propositions fortes et innovantes, à force de suivisme.

Je dois vous le dire, je ne suis pas un membre de votre mouvement. Tout juste suis-je un nouvel adhérent socialiste, l'un de ces produits à vingt euros. Pas franchement militant, à dire vrai. Inscrit facilement, certes par logique d'une proximité avec les idées de gauche, mais surtout, sans doute, par volonté de peser un tant soit peu -une voix parmi toutes le autres- sur le choix automnal du candidat socialiste à l'échéance électorale qui s'annonce. Histoire de ne pas subir.

Subir. Voilà le mot-clé. Nous y sommes donc ! L'été sera vite passé et la rentrée sera celle du choix. Le vôtre est déjà fait. Il réjouit certains, heurte d'autres. Comme je l'écrivais ici même il y a quelques temps, choisir c'est se priver. Votre inclination vers Ségolène Royal vous privera donc d'une partie des militants de votre propre mouvement, les puristes de la gauche intègre et sans concession. Je les comprends : la camarade Ségolène est votre antithèse. Aussi people que vous vous concentrez sur le fond des choses. Aussi volontairement lisse que vous exprimez des idées fortes. Aussi blairiste que vous mettez d'énergie à maîtriser un capitalisme de plus en plus débridé. Finalement, ce qui vous rapprocherait tous deux, c'est cette volonté de rogner l'ivoire des éléphants. C'est peu. Ce n'est donc sans doute pas ce qui a motivé de votre part un revirement aussi précipité. Du moins l'espéré-je.

Apprendre du passé, disais-je plus haut. Chevènement à gauche ou Séguin à droite ont montré leur incapacité à dépasser le rôle de trublions de leur propre camp dans lequel ils s'étaient respectivement enfermés. Je jurerais que vous avez pensé à cela avant de vous lancer dans le choix du pragmatisme « ségolien » : Ne pas restreindre votre mouvement à une opposition stérile. Ne pas subir. Concéder, un peu, pour faire avancer, beaucoup.

Mais la marge est ténue entre le compromis et la compromission. Depuis quelques semaines, je n'ai pas réussi à déchiffrer dans vos propos, ou ceux de vos fidèles lieutenants, ce que vous auriez obtenu de concret comme préalable à ce ralliement. Nécessairement, l'inquiétude est donc de mise, chez moi, comme chez d'autres. Pas un signe n'a donné l'impression que ce qui fait la spécificité de « Renover Maintenant » fût dores et déjà pris en compte par la candidate à laquelle vous avez fait allégeance. Bien sûr, vous n'avez sans doute pas tout dit, tout dévoilé. Mais comprenez que, dans l'ignorance, le simple citoyen que je suis peut légitimement s'interroger et ne voir dans votre volte-face qu'une pratique politicienne d'un autre âge, sous couvert de pragmatisme.

Comme le révèle cet amour inhabituel de l'imparfait du subjonctif -j'y reviens-, vous êtes quelqu'un de rare, cher Arnaud. Rare par le talent, par la structuration des idées, par l'intégrité et la transparence, par la force de suivre une route différente, contre les idées reçues. Mais à l'heure du vote, tout en vous exprimant l'admiration qui est la mienne à votre endroit, je ne peux que souligner mon désaccord avec ce que je considère comme une mésalliance et affirmer conserver mon libre arbitre de choisir autrement. Vous le voyez, je n'ai décidément pas l'âme d'un militant. Ma liberté confine à l'indiscipline.

Mais je m'attarde, il me faut conclure. Je forme, croyez le bien, le voeu que l'avenir me donnera tort, absolument tort, et me permettra, dans un an, de vous écrire à nouveau, cette fois pour un mea culpa témoignant de mon absence de vision politique passée. Vous serez alors plus fort et je serai, soyez-en assuré, votre premier partisan.

Bien amicalement,
Etienne Fillol.

mar
25
juil ' 06

Domaine d'extension de la bêtise


J'ai déjà parlé ici de Jean Lassalle -cet usurpateur se faisant passer pour un député de la République Française-, et de ses pitreries sous forme de grève de la faim pour sauver une poignée d'emplois menacés de « délocalisation » à... 65 kilomètres de chez lui. Il y a trois mois, une fois l'accord trouvé avec les dirigeants du groupe japonais, les singeries de Sarkozy terminées, le jeûne de l'impétrant achevé, l'affaire est close, n'en parlons plus.

N'en parlons plus ? Que nenni, brave lecteur estival. L'affaire se complique puisque le site actuel s'avère techniquement incapable d'accueillir l'extension du groupe Toyal : terrain trop petit et en pente (forcément, dans les montagnes, il fallait s'y attendre...). A saisir. Nombreux travaux à prévoir. Pas sérieux s'abstenir. Il va de soi que le PDG de l'usine refuse de payer la facture additionnelle, comment le lui reprocher ? Puisque l'État lui demande une modification d'implantation et que cela implique un surcoût, nous n'allons tout de même pas lui demander de payer l'addition par amour de Jean Lassalle ! Conclusion : les fonds publics sont appelés à la rescousse et les conneries du pitre des Pyrénées vont coûter plus de 4 millions d'euros à la collectivité.

Je préfère tout de suite prévenir Monsieur Galouzeau de Villepin : à titre personnel, je refuse catégoriquement de verser une seule roupie dans cette opération dont je n'ai que foutre. Je le somme donc d'exiger que le millions nécessaires soient prélevés sur le budget des collectivités locales et non sur le budget de l'État : Les habitants du lieu ont élu Jean Lassalle, ils en sont fiers (les imbéciles !), ils assument. Mais moi, certainement pas.

Manifester de la solidarité est une chose, cautionner autant de bêtise en est une autre.

lun
17
juil ' 06

EEE : Erratum, Eclaircissement et Enervement


Mon billet précédent a suscité quelques réactions aussi épidermiques qu'agacées, ce qui tend à démontrer que je me suis mal exprimé, puisque les lecteurs me soupçonnent de cautionner l'éventuel ralliement de Montebourg à Royal. Il n'en est rien, loin s'en faut. Quelques précisions donc :

1°) Je ne souhaite pas commenter par avance le rapprochement de Montebourg vers le clan Royal. Le fondateur du courant « Rénover Maintenant » ne s'est pas exprimé officiellement sur le sujet. L'information a été lancée à partir d'une déclaration de Thierry Mandon et du fait que Ségolène est invitée à la garden-party estivale de « Renover Maintenant », sans parler d'un article récent dans Libération. Tout cela est troublant, certes, mais aucune déclaration officielle n'est venue corroborer ces supputations. Je sortirai la boite à gifles quand la chose sera avérée.

2°) Dans une première partie, mon article visait la direction du Parti Socialiste et la mascarade démocratique qui agace les militants et empêche Montebourg d'être candidat, ce que je déplore au plus au point, pour une simple question de principe et non de préférence : Cela vaut également pour Jack Lang, pour qui j'ai fort peu de sympathie, qui devrait lui aussi pouvoir se présenter à l'investiture socialiste, mais semble éprouver les pîres difficultés à réunir les 30 signatures indispensables.

3°) Dans la deuxième partie, c'est Ségolène que je visais : puisqu'elle parle en permanence de faire de la politique autrement, je la mettais au défi de choisir un premier ministre de 43 ans et anti-éléphantesque. Il ne s'agissait nullement d'approuver un ticket Montebourg-Royal.

Ces précisions étant posées, pour terminer, je mets en garde Arnaud Montebourg à qui je recommande de ne pas finir d'écoeurer les militants socialistes en s'enfermant dans de basses pratiques politiciennes desquelles il s'était jusqu'ici abstenu : Un militant socialiste très énervé pourrait choisir de voter pour un candidat « mineur » au premier tour de la future échéance électorale et s'inscrire à une partie de pêche dominicale endiablée au deuxième...

sam
15
juil ' 06

Le Praesidium du Soviet Suprême ou l'illusion démocratique.


Cette fois, les choses sont entendues : Arnaud Montebourg ne sera pas candidat. Non qu'il renonce par grandeur d'âme, mais bel et bien par un empêchement voulu par la direction du Parti Socialiste. La nouvelle règle des 30 parrainages au sein du Praesidium du Soviet Suprême Conseil National du PS oblige le leader du mouvement "Rénover Maintenant" à jeter l'éponge. Tel était bien le but de Hollande et sa clique : limiter les candidatures (en particulier Montebourg qui représente, bien plus que Royal, le renouvellement de la classe politique) pour favoriser celle de sa compagne en campagne. Arnaud Montebourg, de l'avis général, représente 15 à 20% des militants mais se voit obliger de renoncer. Illusion démocratique, vous disais-je.

Aussitôt l'éponge jetée, le ring politique bruisse du ralliement de Montebourg à Royal. Les fabiusiens hurlent à la trahison; ils auraient mieux fait de réfléchir avant de signer la lamentable synthèse du Mans. Les autres s'interrogent sur le revirement effectué par Montebourg, l'agitateur des idées de gauche, et sa capacité à s'attacher, sans se renier, à l'oligarchie familiale qui dirige le PS.

Bref, les choses se décantent au parti socialiste. L'été y sera chaud, la rentrée bouillante. Reste à savoir si Ségolène, une fois élue dans quelques mois, aura la volonté de renouveler les élites en nommant, pourquoi pas, un Montebourg (43 ans) comme premier ministre.

C'est maintenant que nous allons savoir si le renouveau n'est qu'une posture politique ou un véritable objectif. En attendant, évitons d'insulter l'avenir...

mer
12
juil ' 06

1906-2006, un siècle à dénoncer les racismes...


Il y a cent ans, le 12 juillet 1906, le capitaine Alfred Dreyfus était réhabilité. Honneur de la France auquel ce blog ne pouvait que rendre hommage, au nez et à la barbe de ceux qui persistent à croire que ce pays est raciste, fermé et sans souffle.



EDIT du 13 juillet : à la demande générale, j'ajoute un lien vers le texte intégral de l'article de Zola, paru dans l'Aurore le 13 janvier 1898

mer
12
juil ' 06

Une citoyenne européenne ordinaire


La Cour Européenne de Justice a rendu hier son arrêt dans l'affaire Edith Cresson : l'ex Première Ministre française était sur la sellette pour avoir fait engager, lorsqu'elle était commissaire européenne, un ami au titre de visiteur scientifique alors qu'il officiait en fait en qualité de conseiller personnel et qu'il avait de surcroît dépassé la limite d'âge (66 ans).

Nous ne somme pas dans l'emploi fictif (comme dans le cas du sauteur de haies et du meilleur d'entre nous) mais dans la fonction fictive. Moins grave aux yeux de certains peut-être, mais assurément symptomatique d'un système sans contre-pouvoir ou la toute-puissance des commissaires s'exerce.

Mais revenons à la décision de justice : la cour a estimé qu'Edith Cresson avait enfreint les obligations de sa charge lors du recrutement en cause et l'a donc jugée coupable de favoritisme. Jusque là, tout va bien. Sauf que les magistrats concluent : « le constat du manquement constitue en soi une sanction appropriée ». En clair, il s'agit d'un simple blâme, sans sanction aucune. Nos braves juges européens viennent d'inventer un nouveau concept judiciaire où le coupable est condamné à... être reconnu coupable ! Après « responsable mais pas coupable », après « coupable mais amnistié », après « coupable mais parti chercher la rédemption au Québec », voici « coupable mais pas sanctionné ».

Edith Cresson continuera à toucher les émoluments dus à son statut d'ancienne commissaire européenne (4.000 € / mois); sa vie continue donc son cours normal. Celle du voleur d'auto-radios s'est, en revanche, sérieusement compliquée depuis qu'il croupit dans une geôle...

La bonne journée à toi, citoyen européen.