La république des faux-semblants
Par Etienne FILLOL, dimanche 18 juin 2006 à 08:51 :: politique
Dans une interview récente au Figaro, Bernard Tapie annonce fièrement : Ségolène est vraiment une amie, on se voit beaucoup et on se parle beaucoup. Même chose avec Nicolas : on est amis depuis 1985, [...] vraiment amis.
Au fond, qui est surpris ? Bernard, Nicolas et Ségolène ont ceci en commun que leur discours repose sur la critique des élites établies (l'une au PS, l'autre au gouvernement et le troisième... partout) et l'incapacité de ces dernières à entendre les français. C'est l'exacte définition du populisme. Quoi de plus naturel que savoir ces trois là si proches ? Tapie est finalement le chaînon manquant entre Royal et Sarkozy. Ils sont du parti de ceux qui n'ont jamais rien fait mais parviennent à faire croire le contraire : Tapie au Ministère de la Ville a été nullissime mais a toujours communiqué sur des résultats inexistants, Sarkozy fait de même à l'Intérieur et Royal brandit son Poitou à longueur de discours, sans que personne n'y ait jamais rien vu de bien concret.
Ils forment un club qui ne dit pas son nom : Celui de la politique démagogique et opportuniste Celui de l'attirance -poussée jusqu'à la caricature- pour les caméras, comme des moustiques attirés par la lumière Celui du pouvoir à tout prix, quitte à flatter les plus vils instincts électoralistes.
Et puis la démagogie, c'est aussi noyer les opinions politiques tranchées, gommer les contours des partis, nier les différences droite/gauche. Démonstration par Tapie dans cette même interview : L'essentiel de la politique est bien défini dans ce que disent Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Il y a des écarts entre eux... Mais ils sont à la marge.
ou encore : Je vais peut-être foutre la merde, mais là où le PS aurait vraiment mal, c'est si le PRG s'alliait avec [...] le centre droit. [...] Les radicaux de gauche et ceux de droite n'ont plus aucune raison de rester séparés.
Au fond, c'est aussi ce que tente de faire Ségolène quand elle s'escrime à se démarquer du PS : noyer le poisson sur son camp d'appartenance et compter sur le plan média pour fournir une image floue, mais avantageuse. Ou Sarkozy qui oeuvre dans un gouvernement où il est sans l'être... tout en l'étant.
Pour croire encore un peu en notre démocratie, je rêve d'un mois de mai où Sarkolène et Ségozy ne seraient pas au deuxième tour d'une élection présidentielle. Je rêve d'un temps où l'élection d'un homme (femme) seul(e) et son cortège d'images fabriquées serait transformée en une élection des idées et d'un programme qui engageraient tous les hommes.
En clair, remplacer notre république des faux-semblants par une république des vrais partis, sixième du nom.