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mer
31
mai ' 06

Achille Baylet et Jean-Michel Zavatta


L'interview de Jean-Michel Baylet (Parti Radical de Gauche) au Figaro le 26 mai dernier contient quelques attaques en règle du Parti Socialiste. Stratégie électoraliste bien sûr, mais tout de même :

"Vouloir renationaliser EDF, c'est vraiment revenir à de vieilles lunes. Nous sommes en effet sortis des conneries du collectivisme depuis longtemps !". Pour un peu, Baylet taxerait le programme du PS de marxiste... J'invite l'auteur de cette splendide assertion à vérifier dans un dictionnaire économique la définition du collectivisme et lui apprends que souhaiter le maintien de certains domaines stratégiques dans le giron de l'Etat ne relève pas d'une idéologie trotsko-léniniste, mais du simple bon sens. En l'occurrence, l'énergie fait à l'évidence partie de ce dont je parle, liée qu'elle est au nucléaire et à l'indépendance du pays.



"Le PS parle beaucoup de dépenses mais ne dit rien sur la dette et les déficits... Le problème de la dette est un sujet très sérieux. Il va de soi qu'il faut plutôt réduire les dépenses que de les accentuer." Est-il vraiment besoin d'expliquer à ce clown que réduire les dépenses ne signifie pas cesser tout investissement ? Que les Etats-Unis ont un déficit abyssal mais sont la première puissance économique du monde. Il est heureux qu'un programme électoral prévoie des dépenses, quel que soit le déficit public. Ou alors les hommes politiques partent en vacances et on ferme la boutique.



"Je pense que c'est anti-laïc que de vouloir tout de suite abroger, détruire ce qui a été fait par les majorités ou gouvernements précédents. En fait, on devrait moins légiférer et prendre plus de temps pour la concertation, élaborer de bonnes lois, et ensuite s'y tenir." Décidément, la langue française pose des problèmes insurmontable à Baylet. Je serais curieux de connaître son acception du mot laïc dans la phrase ci-dessus. D'autre part, je déduis de ces mots que le PRG, une fois au pouvoir (il ne leur manque après tout que 47% pour obtenir la majorité absolue...), ne reviendrait sur aucune loi votée au cours de l'actuelle législature, ce qui inclut, entre autre, l'immigration choisie et le CPE.

"J'ai toujours dit que je souhaitais que nous présentions le meilleur [candidat en 2007]. Ça peut être Bernard Tapie ou Christiane Taubira. Mais il n'est pas impossible que finalement beaucoup de militants demandent que ce soit moi" Soyons brefs : si c'est lui le meilleur, que doit on imaginer des autres ?!!...

Rappelons pour finir que le Parti Radical de Gauche est ce groupuscule qui a accueilli à bras bulletins de votes ouverts le multi-récidiviste Bernard Tapie et en a fait sa tête de liste aux élections européennes de 1994, sans état d'âme. A tel point qu'ils sont prêts à remettre cela en 2007. Quant à Baylet, c'est ce cumulard de la politique, acceptant au fil des gouvernements tous les ministères qui passent, sénateur quand l'assemblée nationale n'a plus voulu de lui, président de Conseil Général, dirigeant un journal, un parti, etc.

Ajoutons à cela que ces guignols sont apparentés PS à l'Asemblée Nationale et siègent avec le Parti Radical Valoisien (droite) au Sénat. Bref, des types qui ont des convictions profondes et dont l'avis peut changer la face du monde.

lun
22
mai ' 06

Ségo-centrisme


A ceux qui croient lire dans le vote de la motion de censure par François Bayrou et dix de ses confrères parlementaires un rapprochement de ces derniers avec le PS. A Ségolène Royal, Jean-Christophe Cambadelis, Julien Dray ou Gérard Collomb qui ont sauté sur l'occasion pour dire, sous une forme ou sous une autre, qu'une alliance avec les centristes était « envisageable », je soumets le résultat du vote de la loi sur l'immigration choisie : pas un député UDF n'a voté contre. Vous voudrez donc bien m'excuser si je continue d'estimer que Bayrou et moi avons trop de désaccords de fond pour que je puisse imaginer le moindre embryon de gouvernement commun.

Au passage, comment faut-il interpréter l'absence de Ségolène Royal lors de ce même vote, pourtant fondamental ? Erreur informatique ? Stratégie ? Mieux à faire ?

dim
21
mai ' 06

Une semaine ordinaire, à droite.


Droits de l'homme, justice, liberté de la presse : cette semaine, la droite a pris à bras le corps les grands principes qui guident son action :

Droits de l'homme :

Il était invité au Parlement Européen. Il y est venu. Mais alors même qu'il n'a pas commencé son discours, une grande partie des députés du PPE (Parti Populaire Européen, c'est à dire la droite) déserte l'hémicycle afin de manifester sa désapprobation à l'égard de l'orateur. Auparavant, les mêmes avaient demandé –sans succès– l'annulation de la visite de l'hôte du jour, estimant que l'intéressé à agi de manière contraire aux Droits de l'Homme. Le geste est fort, le geste est beau. Nos députés du PPE ont des convictions, ils les défendent jusque dans le symbole de leur départ. L'homme est tellement subversif, sa politique tellement dangereuse, quasi génocidaire. Il fallait que des représentants du peuple se lèvent et, dans un refus d'entendre les propos de l'homme, lui fassent comprendre que décidément, non, c'est non, lui montrent leurs talons, comme le symbole des hommes libres dans leur refus de la dictature, celle de Corée du Nord, de Chine ou d'ailleurs.

Au Parlement Européen, Evo Morales, fraîchement élu Président de la Bolivie, a donc parlé à la gauche seule. La droite, elle, ne tolère pas que les intérêts financiers des compagnies pétrolières soient ainsi mis à mal.

Pour les libéro-conservateurs, les Droits de l'Homme, ce sont les droits de l'homme... qui dirige Total.

Justice :

Les révélations sur l'affaire Clearstream sont quotidiennes dans les journaux ? Elles mettent à mal l'image du gouvernement ? Qu'à cela ne tienne, la droite nous réinvente le contre-feu : le juge van Ruymbeke aurait fauté en recevant hors de toute procédure le vrai-faux corbeau Gergorin et le gouvernement s'en offusque, nous fait croire que c'est là le noeud de l'affaire, que le pêché véniel du juge serait plus grave que l'utilisation abusive des services de l'Etat à des fins politiciennes, voire personnelles, plus grave que les milliards d'euros occultes transitant par une officine de blanchiment supposée. Le juge devient l'accusé, il devra être pendu.

Liberté de la presse :

Clearstream toujours, les médias, encore eux : Décidément ces journalistes vont trop loin. Comment les calmer ? La droite a LA solution : elle exhume un projet de loi du député Jacques Briat qui amenderait le code civil selon ces termes : Il en est de même lorsque la présentation publique d'une personne à l'occasion d'une enquête ou d'une instruction judiciaire ne fait pas état de la source justifiant la mise en cause publique de ladite personne, sauf accord préalable de cette dernière. En clair : les journaux devront citer leurs sources sous peine d'être poursuivis. La muselière doit être réhabilitée. Muselons donc...


Droits de l'homme, justice, liberté de la presse ? Quand la gauche m'agace, m'irrite, m'inquiète, heureusement la droite est là pour me rappeler que je reste un gaucher... même contrarié.

ven
12
mai ' 06

Choisir, c'est se priver


Monsieur le Ministre de l'Intérieur,

En matière d'immigration, séparer le bon grain de l'ivraie s'apparente à de l'eugénisme social, pour ne pas dire racial. Que votre modèle absolu, les États-Unis le fassent, imités par les canadiens ou les néo-zélandais, n'est en rien un gage de bonne conduite. A dire vrai, dès que vous avez une idée, j'ai peur. Quand vous parlez, je tremble de honte à l'idée que des pays voisins pourraient entendre.

Choisir, c'est se priver.

Selon vos critères pseudo-économiques, auriez-vous accueilli en France les parents de Zinedine Zidane ? Aldo Platini, le père de l'autre ? Marie Skłodowska, devenue Curie et double prix nobel ? Les parents de Djamel Debouze ? Ceux de Serge Gainsbourg ? Georges Charpak, autre prix nobel ? Alfred Sisley ? Ma grand-mère maternelle, italienne devenue française par mariage ?

Monsieur le Ministre, nous n'habitons pas la même France : la mienne aime son prochain, la vôtre en a peur. La mienne le cherche, la vôtre s'en détourne. Croyant grandir le pays, vous le rapetissez, le rabougrissez, l'enfermez dans un esprit étroit, le repliez dans un mouchoir que vous voudriez voir tenir dans votre poche. Prétextant servir la République, vous la piétinez, foulez aux pieds nos droits fondamentaux, ceux de l'Homme.

Selon mes critères, Monsieur, soyez assuré que jamais, au grand jamais, je n'aurais accorder de visa à votre hongrois de père qui a engendré un ennemi de notre République.

jeu
11
mai ' 06

Mind the gap !...



Londres se transforme. Les travaux y sont pharaoniques, sous l'impulsion d'une politique volontariste, les investissements consentis se chiffrent en milliards de livres et les résultats sont absolument formidables : les immeubles de verre côtoient les constructions victoriennes dans un style architectural très réussi. Les bords de la Tamise, auparavant si gris, si industrieux, sont (re)devenus des lieux de vie : témoins cette ancienne manufacture à l'abandon devenue un musée d'art moderne, le quartier du Théâtre du Globe, les ponts réservés aux piétons qui relient Saint-Paul à l'autre rive ou Embankment à Waterloo.

Au son des pelleteuses et des livres sterling, la politique britannique transforme chaque jour un peu plus ce Londres de Dickens en une cité mêlant la modernité à son histoire. S'y promener, comme je l'ai fait ces derniers jours, est un plaisir extraordinaire.

Mais...

A qui profite ces changements ? Ceux qui louent le blairisme se sont-ils posé cette question ? Les lumières de la ville les ont éblouis, mais au vrai, les arrières-cours ont un parfum différent. Ne nous y trompons pas, ces superbes façades de verre n'abritent que bureaux et lieux de culture. Le piéton, le touriste, le trader de la City en profitent à plein, tandis que les quartiers populaires de la très lointaine banlieue restent dans la même misère. Contrairement à ce qu'essaient de nous faire croire Ségolène et ses amis sociaux-libéraux, être un jeune immigré dans une cité anglaise ne vaut pas mieux qu'une même situation à Paris, loin s'en faut.

En somme, admirer Tony Blair est très simple : il suffit 1°) de visiter Londres et y constater les investissements publics consentis à sa rénovation 2°) d'observer le faible taux de chômage du Royaume 3°) d'applaudir à la (re)nationalisation des transports et l'augmentation des effectifs de la fonction publique.

Ces trois constats superficiels poussent tout socio-démocrate à plonger dans le monde merveilleux de Tony. La réalité est tout autre : Les chiffres du chômage sont une mascarade et dissimulent moult temps partiels et working poor (« travailleurs pauvres ») à foison, sans parler du taux de malades qui atteint 7% (contre 0,3% en France), étant entendu qu'une partie de ces « malades » sont en réalité des chômeurs écoeurés ayant lâché prise. Quant à la nationalisation des transports, c'était ça ou la mort, au sens propre du terme vu le nombre d'accidents ferroviaires au Royaume-Uni. La fonction publique dans son ensemble avait atteint un tel niveau de démantèlement depuis les années Thatcher qu'augmenter ses effectifs ne consistait qu'en un simple ajustement qui n'a rien de spectaculaire dans la réalité.

Pour le reste, la politique de Blair n'est en rien de gauche, il est tout sauf socialiste et a suivi scrupuleusement les préceptes libéraux de Thatcher et Major tout au long de ses différents mandats. Il n'y a que de notre côté du Channel que l'on trouve des admirateurs blairistes, les anglais ne le voient pas (mais vraiment pas) comme un modèle. Les résultats des récentes élections -certes locales- le démontrent, s'il en était besoin. La cote de popularité de l'intéressé est au plus bas depuis des mois et avoisine celle de Villepin chez nous, c'est dire !

Pour preuves :

Ses discours et ses actes ultra-sécuritaires en font le frère jumeau de Sarkozy; il prétexte le terrorisme pour réduire les libertés publiques. Au nom de la flexibilité, il a laissé la pauvreté à un taux incroyablement élevé. Sa politique extérieure est inféodée à celle des américains. Comme son ami Bush, il fait référence à sa foi à tous les détours de phrase. Il privatise à tout va, y compris dans le secteur de l'éducation et du nucléaire.

Alors, bien sûr, Tony Blair n'est pas le diable, il a même fait de bonnes choses (son combat contre l'homophobie est exemplaire...), il a voulu que son pays soit en bonne santé générale et que le train qu'il conduit poursuive sa route, dans son ensemble. Mais contrairement à ce que certains croient, le bonheur général n'a jamais suffit à faire celui de chacun. Que le train avance n'empêche pas des troupeaux entiers de laissés-pour-compte le long des voies de chemins de fer. La mission de la gauche, c'est ce devrait être justement de s'occuper ce ceux-là...

A la lumière de ce billet, Ségolène Royal peut-elle nous expliquer précisément en quoi la société voulue par le Prime Minister of Great Britain lui donne envie de nous l'imposer en modèle ?

A Londres, les stations de métro sont souvent en courbe, ce serait dommage de trébucher. Mind the gap, Ségo !....

lun
01
mai ' 06

Nevers du décor


Cher Pierre, cher camarade,

Nous sommes le 1er mai. Cela ne t'importe plus mais continue de parler à notre mémoire, à nous qui sommes restés. Par un hasard (?) des années qui passent, l'actualité est aujourd'hui encore celle d'un gouvernement impopulaire, d'une campagne qui s'annonce tendue et d'une affaire politico-financière nauséabonde qui met en cause des ministres, dont le premier d'entre eux. L'histoire a de ces détours...

De l'ouvrier militant aux sommets de la République, ton chemin a été long. Arrivé tout en haut, l'oxygène t'a manqué, les sherpas t'ont laissé au milieu d'un Everest devenu trop grand pour toi. Les chiens ont aboyé, tu as passé ton chemin, celui de halage d'un canal nivernais.

Aujourd'hui, à coup sûr, tu es parmi les humbles, parmi les tiens. Chez nous, les ajusteurs cherchent du travail et les premiers ministres ont des particules.

Pierre Bérégovoy, 1925-1993.