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ce blog est alimenté par étienne fillol (92, hauts-de-seine), sauf billets indiquant une mention contraire

mar
24
jan ' 06

Petits oublis entre amis


Sur le site web de Patrick Devedjian, député UMP des Hauts-de-Seine (92), la lecture de l'auto-biographie mise en ligne (sous-titrée : mon engagement politique : toujours constant, à votre service, ce qui est particulièrement savoureux comme la suite de ce billet le montrera) est un délicieux moment, où l'on constate à quel point l'être humain peut être oublieux.

Extraits : [...] né le 26 août 1944 à Fontainebleau. [...] Après des études à l'école communale de La Frette-sur-Seine (Val d'Oise), au Collège arménien de Sèvres, au Lycée Condorcet à Paris, à la Faculté de droit d'Assas et à l'Institut d'études politiques de Paris, il devient avocat au barreau de Paris en 1970 [...]

Et alors, me direz-vous ? Et alors, il y a un trou dans ce texte. Celui de sa participation active, au milieu des années 60, au mouvement d'extrême droite Occident ! Petit oubli pour une action pourtant très politique. Occident -ancêtre du GUD- était un mouvement violent, anti-communiste, colonialiste, opposé au suffrage universel, où le discours était clairement raciste et dont le modèle absolu était Robert Brasillach. Rappel rapide à destination des mémoires-courtes : Robert Brasillach était un écrivain français, collaborateur revendiqué pendant la deuxième guerre mondiale et fusillé en 1945. Ses nombreux articles dans diverses revues (Action Française et Je suis Partout) laissaient éclater sa haine des juifs et son admiration pour le régime nazi.

Il va de soi que la rédemption est toujours possible. Je ne crois pas que l'on puisse assimiler l'action publique de Patrick Devejian à celle du Front National; ses propos depuis des années n'ont jamais porté à cela, loin s'en faut. Mais en qualité d'homme politique et donc redevable de comptes à ses électeurs, cette part d'ombre aurait pu être assumée et expliquée sur le site officiel de l'intéressé. Tout le monde a droit à l'erreur, surtout lorsqu'elle peut être qualifiée de jeunesse.

Au lieu de cela, Patrick Devedjian s'y cache. Mieux : que lit-on sur son blog, en date du 9 janvier 2006 et en réaction à la mitterrandomania ? Je reproche à François Mitterrand d'avoir fait entrer le Front national au Parlement [...] ! Il y a des gens qui devraient apprendre à se taire...

jeu
12
jan ' 06

Plaidoyer pour une autre république


La 5ème République a montré depuis 1958 sa capacité à assoir un pouvoir politique fort et stable; il faut pour cela lui rendre grâce. Mais elle a aussi généré, au fil du temps, au fil des pratiques par les différents présidents qui se sont succédés, des dérives auxquelles il est nécessaire de mettre fin. Les propositions d'Arnaud Montebourg pour l'avènement d'une 6ème République sont en ce sens dignes d'un très grand intérêt.

Lors du récent congrès du Parti Socialiste au Mans (novembre 2005), la synthèse a été faite sans retenir ce projet de nouvelle consitution. Aussi me suis-je demandé ce qu'il pouvait bien y avoir dans ces propositions qui rebute à ce point les ténors du PS.

En substance, sont envisagés dans ce texte :

  • Une seule personne à la tête de l'exécutif : à l'instar de beaucoup d'autres pays européens, le président a un rôle d'arbitre un peu lointain et le Premier Ministre se voit confier de réelles responsabilités de conduite du pays,
  • Limitation drastique du cumul des mandats,
  • Élection du Sénat au suffrage universel,
  • Capacité de l'Assemblée d'être à l'initiative des lois au même titre que le Gouvernement,
  • Suppression de l'article 49.3 (actuellement véritable déni de démocratie),
  • Droit de votes pour les étrangers aux élections locales,
  • Suppression des conseils généraux (actuellement la juridiction des départements apparaît comme un niveau inutile dans la décentralisation),
  • Capacité pour les collectivités territoriales d'organiser des référendums locaux,
  • Organisation de la tranparence de la gouvernance locale (création d'assemblées délibératives séparées des pouvoirs exécutifs locaux).

(Sont également proposées des réformes profondes du pouvoir judiciaire que je ne commente pas ici, ne cachant pas mon incompétence en cette matière).

A la lecture de ces propositions (disponibles sur le site http://www.c6r.org), une seule question me vient à l'esprit : comment le PS a-t-il pu lors de ce lamentable congrès du Mans ne pas les inclure dans son « projet » ? Incompréhensible. Bien entendu, certains caciques du PS nous ont savamment expliqué que la modification des institutions n'était pas une priorité au regard de l'état économique et social du pays et que le programme du parti devait être esentiellement axé sur les aspects sociaux. Mais en quoi est-ce incompatible ? Un gouvernement est-il à ce point mononeuronal qu'il ne devrait se préocupper que du chômage en délaissant le reste ? Ridicule : une pratique saine des instutions démocratiques (et donc la réforme régulière de celles-ci) doit être en permanence à l'esprit de ceux que nous choisissons pour gouverner. Une fois encore, le PS nous exhibe sa courte vue et son inaptitude à comprendre le pouvoir. Comment dans ces conditions pourrait-il le conquérir ?

Quoiqu'il en soit, la première de ces propositions (mise en place d'une seule tête pour diriger l'exécutif) me semble primordiale : En supprimant l'élection présidentielle, on abolit de notre démocratie ce rendez-vous -actuellement hélas majeur- où l'on finit par voter pour un homme et non pour des idées. Et une fois élu ? Et bien le président se contente de la politique extérieure et laisse le Premier Ministre diriger sur le plan intérieur. Cette dérive monarchique est apparue évidente lors du deuxième septennat de Mitterrand (1988) et a été encore renforcée par Chirac depuis 1995.

Il convient de ne pas s'enfoncer dans de telles pratiques institutionnelles qui finissent par écoeurer les électeurs de la politique et provoquer le rejet en bloc des partis. Quel dommage que la plupart des socialistes soient incapables de le comprendre...

dim
08
jan ' 06

8 janvier 1996, dix hivers plus tard...


François Mitterrand aimait les livres, les femmes, le pouvoir, marcher dans Paris, écrire... Cet homme d'ombre et de lumière était ambigu, fait de tous les contrastes, ceux des paysages de sa France.

De Bousquet à l'abolition de la peine de mort, des écoutes de l'Elysée à l'abaissement de l'âge de la retraite, des secrets inavouables à la création du RMI, du Rainbow Warrior à la libération de la presse : les grands écarts surprennent, agacent, rebutent. Mais comment ne pas conserver de lui l'image du souffle politique, de la fulgurance intellectuelle, l'immense culture qu'il mettait au service d'une vision toujours historique de son action d'homme d'état ?

Il n'est pas question ici d'un quelconque angélisme de ma part ou de l'oubli des erreurs passées, ni même de nostalgie stérile. Mais il me plait de rappeler que François Mitterrand était le dernier des romantiques en politique. Il n'y en a plus eu depuis et il ne s'en profile aucun sur l'échiquier de la politique française : ceux qui tiennent la place s'envoient à la face des données techniques auxquels d'autres répondent par des invectives chiffrées. Mais où est Le But ? Cette finalité qui transpirait des discours du Président, quand bien même commentait-il les cours du pétrole ou le taux d'inflation ?

Alors, à tous ces nains politiques qui prétendent faire la gauche de demain, au pitoyable Lionel Jospin dont le droit d'inventaire restera à jamais mon point de rupture avec le PS actuel, au si peu charismatique François Hollande, à la creuse et techocratique Martine Aubry, au louvoyant Laurent Fabius, à l'esthète du marketing Ségolène Royal, à tous, je dis : Allez donc à Jarnac ce dimanche, respirez l'air de la Charente, avalez un sandwich dans un bistrot près des quais, promenez-vous sous la grisaille de janvier, mais de grâce! ne vous faites pas les apôtres de François Mitterrand devant les micros qui se tendront. Taisez-vous, ne dites rien, faites silence de pénitent : le Maître dort et j'aurais aimé qu'on ne le dérangeât pas.