« Conseil de modernisation des politiques publiques ». L'appellation respire le bon sens. Qui ne souscrirait pas à la modernisation ? La réponse à cette question est simple : ceux qui s'y intéressent ! Car au vrai de quoi parlons nous ? D'une mascarade :

A commencer par la composition de ce prétendu « conseil » : il s'agit ni plus ni moins du gouvernement et de quelques obscurs satellites venus... de l'Elysée ou de Matignon ! En fait de « conseil », c'est le gouvernement qui vous parle. L'arnaque intellectuelle ne serait que de peu d'importance si elle ne cherchait à se parer de vertus d'indépendance qu'elle n'a pas. Elle prétend de surcroit s'appuyer sur des audits dont les buts avaient été fixés préalablement.

Mais surtout, le vocabulaire utilisé parle plus que les mesures elles-mêmes : A commencer par le titre « RGPP », Révision Générale des Politiques Publiques, dans lequel tout n'est que diminution, suppression, économie, taille dans les moyens, etc. On prétend faire mieux pour en vérité faire moins. Tout est dans cette fameuse phrase reprise ici, credo de Ségolène Royal pendant la campagne : « un euro dépensé doit être un euro utile ». Ou comment faire passer « moins de service » pour du « mieux géré ». Phrase à double entrée qui prétend être frappée au coin du bon sens (qui voudrait gâcher l'argent public ?...) quand en réalité il s'agit pour l'Etat de ne s'occuper que du strict minimum, de réduire ses prérogatives et offrir le service public au laisser-faire.


En espéranto libéral, cela porte le doux nom de R-E-F-O-R-M-E : 350 occurrences de ce mot dans le document détaillant les 166 mesures préconisées. Ce n'est plus de l'insistance, c'est du bégaiement ! En fait de réforme, répétons-le, il n'est pas utile d'en lire l'intégralité pour comprendre qu'il ne s'agit que de réduire le service public à sa plus simple expression, sous couvert de rationaliser, de M-O-D-E-R-N-I-S-E-R.

Moderniser ? 165 occurences dans ce même document. L'insistance est trop grosse pour qu'on puisse croire aux atours de ce mot. Et de fait, au fil des mesures détaillées, « moderniser » se traduit par exemple par :

La suppression d'emplois aidés : « Les contrats aidés seront limités aux seules personnes très éloignées de l’emploi[1] ». Aider moins les plus exclus, c'est cela la modernité.


Avant le soudain demi-tour de cette semaine, la suppression de la carte famille nombreuse qui était décidée, remplacée par de fumeuses réductions commerciales à l'appréciation de l'entreprise publique, le tout étant inscrit dans le catalogue des 166 mesures à la section... « développement durable » ![2] Aider moins les plus pauvres, c'est cela la modernité.


L'abaissement du plafond de ressources HLM de 10 % : Nicolas Sarkozy a appuyé la mesure, vendredi en déclarant vouloir limiter le nombre de Français pouvant prétendre à un logement HLM : « La part des ménages français pouvant prétendre à un logement HLM est de 70%" contre 60% il y a dix ans. Nous allons corriger cet effet pour éviter d'allonger inutilement la file d'attente des logements sociaux ». En clair : pour réduire une file d'attente et plutôt que de répondre aux demandes, on enlève des gens de la queue et on est fier d'annoncer une meilleure efficacité. En attendant, les classes moyennes qui souffrent déjà de loyers incroyablement élevés seront de moins en moins éligibles au parc social. Et la mixité sociale, par voie de conséquence en prend pour son grade. C'est aussi cela la modernité.




Dans la catégorie « un état tourné vers les usagers » on découvre (je n'invente rien !) : « il sera procédé à l’installation de sas biométriques automatiques dans les grands aéroports, permettant un meilleur accueil des voyageurs ». Définitivement, j'aime la modernité...

Sans oublier, nous l'avons appris il y a quelques mois, que supprimer des tribunaux dans les campagnes et enlever du service public dans les villages, c'est aussi moderniser.


Même effets sur les hôpitaux qui ne sont modernes que s'ils sont le plus loin possible des français les plus isolés. Il est vrai que demander à un vétérinaire, Gérard Larcher, un rapport sur la réforme des hôpitaux est un symbole explicite sur la façon dont on envisage les malades sous un gouvernement de droite...


Dans ce contexte, que penser de l'explosion du budget « Réceptions » au Ministère de Madame Rachida Dati dont la multiplication des petits fours coûte des centaines de milliers d'euros aux contribuables que ce gouvernement prétend défendre par des mesures anti-sociales de réduction des dépenses ?


Dans la même veine, les 206% d' augmentation de salaire que Nicolas Sarkozy s'est auto-attribué à son arrivée à l'Elysée prennent une saveur particulièrement amère.

La France, ce pays où les SMICards, les chômeurs les RMIstes et les malades paient pour les autres.

Notes

[1] A traduire en langage intelligible par "il faut se calmer sur les aides à ces fainéants de chômeurs."

[2] Petit rappel opportuns : nos amis chasseurs d'économies se vantent du fait que « La démarche repose sur la combinaison de l’audit et de la décision politique. Vingt-six équipes d’auditeurs, composées de fonctionnaires issus du corps d’inspections et de consultants privés, soit plus de 300 personnes, sont mobilisées. » Résultat ? A la première polémique venue, le travail implacable de nos experts infaillibles est remis en cause...