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lun
29
oct ' 07

Putains de moldaves


De toute l'Europe, la Moldavie est ce qu'on trouve de plus pauvre. Là-bas, on vous fait le SMIC à moins de trente euros et le PIB à moins que rien. Économie rase-bitume, option post-soviétisme, tendance Bengladesh. Du coup, le citoyen moldave a une très légère inclination au départ. Au vrai, il se barre dès qu'il le peut, le moldave. Même la Pologne des jumeaux gruyk-gruyk le fait rêver, c'est dire. Quant à la Roumanie ou l'Ukraine, ce sont de vrais eldorados à ses yeux. Résultat, sur les quinze dernières années, un quart de la population a déjà plié les gaules.

Il faut dire aussi qu'en matière de libertés individuelles, le régime de Chişinău n'est pas sur une ligne scrupuleusement rigoriste. Question Droits de l'Homme, ce n'est pas précisément l'orthodoxie qui prédomine non plus. Idem pour la liberté de la presse qu'on peut difficilement qualifier de priorité nationale.

Bref, par la force des choses, le moldave en est devenu voyageur. Parfois oublieux, il lui arrive de rouler jusqu'à Paris. Erreur !

Kyrin, né le 26 septembre dernier, fils de sans-papiers moldaves sous le coup d'un arrêté d'expulsion, est âgé d'à-peine trois semaines quand il est placé en centre de rétention administrative. Par chance, une cour d'appel qui passe par là fait cesser cette invraisemblable situation en déclarant qu'une telle pratique « constitue un traitement inhumain au sens de la Convention Européenne des Droits de l'Homme ». Rien que cela ! Mais jusqu'au jugement, cela ne semblait guère effrayer ce brave préfet du Loiret, prêt à tous les sacrifices de moldaves pour tenir ses engagements chiffrés devant son bon maître Brice Hortepen™.

Qu'il en profite : cet imbécile de Président de la République Moldave est en train d'opérer un très dangereux rapprochement avec l'Union Européenne qui pourrait obliger l'administration préfectorale française à devoir se rabattre sur des enfants d'autres nationalités pour faire du chiffre.

Que les juges s'en mêlent, c'est déjà agaçant, mais si l'Union Européenne sabote le boulot, alors là c'est le pompon.

sam
27
oct ' 07

La blatte et le contremaître


« Parvenu à l'Élysée, je le vois maintenant trancher de tout et ne diriger rien, être partout et nulle part. S'il continue de sourire à son double, la France qu'il oublie l'oubliera. Des millions d'images sur l'écran ne compensent pas une absence. Qu'on me comprenne : je ne cherche pas le sarcasme. C'est de l'absence d'une politique que je me plains. Vaguement nationaliste, mollement européenne, discrètement atlantique, coeur sur la main et main dans la poche, tiers-mondialiste, cela s'appelle paraît-il une politique étrangère. Qu'écrire de la politique économique et de la politique sociale ? Économisons nos adverbes. »

C'était en 1975. Dans « L'abeille et l'architecte »[1], François Mitterrand parlait ainsi du président Giscard d'Estaing.

L'histoire a de ces façons de se répéter...

Notes

[1] Titre tiré de « ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. » (Marx, Le Capital, I).

mer
24
oct ' 07

Salauds de juges


En juin 2006, Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l'Intérieur, écrivait au président du tribunal pour enfants de Bobigny : « Comment expliquer à cette femme handicapée de 56 ans, brûlée vive à Sevran parce qu’elle ne pouvait s’extraire de son bus incendié par trois mineurs de 16 ans, que ceux-ci ont été laissés en liberté par votre tribunal à l’issue de leur interpellation par la police ? ». Inlassable opportuniste du malheur des autres, instrumentalisant systématiquement la page des faits divers, Sarkozy fustigeait ainsi le laxisme de la justice pour mieux vendre son thème favori : la suppression de l'excuse de minorité.

C'était il y a seize mois. Et c'était un gros mensonge, un de plus, car les jeunes en question étaient en détention depuis plusieurs mois au moment où le ministre de la police écrivait ces lignes.

C'était aussi une insulte à la séparation des pouvoirs et une incursion flagrante de l'exécutif dans le judiciaire.

Surtout, il s'agissait là d'une grande claque à la présomption d'innocence. N'hésitez pas à relire la phrase que je reproduis plus haut : Un ministre de la République y exprime explicitement la culpabilité de jeunes gens qu'il semble connaître personnellement. Pour être aussi affirmatif, il fallait au moins qu'il fut lui-même le témoin oculaire de la scène.

Et ce soir la dépêche est tombée : «Les deux jeunes gens accusés d'avoir participé à l'incendie d'un bus à Sevran en 2005, dans lequel une femme handicapée avait été grièvement brûlée, ont été acquittés aujourd'hui par la cour d'assises des mineurs de Seine-Saint-Denis.»

Ma question est donc simple : Monsieur Sarkozy, allez-vous écrire aux acquittés pour les prier de bien vouloir excuser les propos indignes que vous avez tenus l'an dernier ? A moins bien entendu que vous ne choisissiez d'écrire au président de la cour d'assise de Seine-Saint-Denis pour dénoncer un verdict scandaleux ?

sam
20
oct ' 07

ADN, épisode II


« Toute notre politique sociale est fondée sur le fait que l'intelligence des africains est la même que la nôtre, alors que tous les tests disent que ce n’est pas vraiment le cas ».

Ainsi parle James Watson, prix Nobel de Médecine en 1962 pour sa « co-découverte » de la structure en double hélice de l'ADN[1], dans une entrevue accordée au Sunday Times. Quelques phrases plus tard, il dit vouloir croire que tout les gens sont égaux mais constate que «ceux qui ont à faire à des employés noirs savent bien que ce n'est pas vrai ».

Bien sûr, la facilité consisterait à faire porter la responsabilité de tels propos sur l'âge de son auteur : 79 ans, c'est un bel âge pour dérailler gravement du plafond. Sauf que l'animal n'en n'est pas à son coup d'essai : il y a dix ans, c'était l'homosexualité qui lui posait tant de problèmes qu'il espérait qu'on soit bientôt en mesure d'offrir aux femmes la possibilité de détecter l'homosexualité de leur enfant et leur permettre ainsi d'avorter. Un peu plus tard, il avançait l'hypothèse que la peau noire avait un rapport avec une libido sur-développée. Et encore passerons-nous sur les propos sexistes qui ont émaillé la carrière de James Watson.

Vous l'aurez compris, notre « prix nobel de la haine » est plus proche du Ku Klux Klan que des petits chanteurs à la croix de bois. Le racisme démontré par la science, la détection de l'homosexualité, l'infériorité de la femme : le rêve de tous les Le Pen de la planète.

Mais j'y pense, ADN et Afrique, cela ne vous rappelle rien ? Allez faites un effort... Brice Hortepen™ et son projet de refoulement des sarrasins aux frontières de l'Europe blanche et chrétienne, vous n'avez pas déjà oublié ? Aie, mais alors, des cinglés qui appellent la science au secours de leurs fumeuses démonstrations du refus de la mixité, ce ne serait pas réservé aux autres ? La France serait touchée ? Par exemple, quand le Président de la République Française déclare : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Jamais il ne s'élance vers l'avenir », n'estimerait-il pas un peu sur les bords que le noir serait par essence même un primitif rétrograde ?

Les droites, d'où qu'elles viennent, traditionalistes ou libérales, extrêmes ou non, ont en commun de voir le monde comme un état figé où chacun doit garder sa place en fonction de ses origines. Ethniques ou sociales, celles-ci sont immuables : Pour Sarkozy, l'africain est structurellement sourd aux sirènes du progrès, comme le pédophile est génétiquement incurable.

Les droites de la planète nient toute influence de la société sur l'homme. La génétique est donc la science rêvée pour eux : elle leur permet de décréter le monde comme immuable, comme un espace où les riches le resteront, où l'africain doit être cantonné à son continent, où le voleur ne peut pas se racheter.

De James Watson à Brice Hortepen™, de George W. Bush à Nicolas Sarkozy, la filiation est évidente. L'habillage diffère mais le but est le même : imposer une vision du monde sous le signe de la « conservation en l'état ». Qu'il faille pour cela en appeler à la science ou à Dieu, peu importe.

Notes

[1] « Découverte » est un terme manifestement impropre, dans la mesure où une polémique a agité les milieux scientifiques de l'époque : Watson, Wilkins et Crick auraient légèrement « oublié » de citer Rosalind Franklin, dont la contribution scientifique aux travaux des futur-nobélisés aurait été tue par ces derniers.

ven
19
oct ' 07

Lettre ouverte à Jean-Yves Sénant, maire d'Antony (Hauts-de-Seine)


Monsieur le Maire,

Dans le bulletin municipal « Vivre à Antony »[1] de décembre dernier, vous publiiez un article vantant les ordinateurs de vote acquis par la municipalité et généralisés dans l'ensemble des bureaux de vote de la ville.

Cet article, fièrement titré « Machines à voter, une fiabilité à toute épreuve », dénonçait ce que vous appeliez une « désinformation » de la part des adversaires de ces matériels. Vous y lanciez des slogans forts comme « impossible à pirater » et « plus fiable que le vote papier » et quelques arguments techniques plus que douteux aux yeux du professionnel de l'informatique que je suis. Enfin vous en appeliez aux exemples de nos voisins européens censés démontrer le bien fondé de votre choix : « Les Pays-Bas ont connu des déboires avec un autre modèle de machine. Le modèle NEDAP [qui équipe notre ville, NdlA] vient d'être choisi pour pallier ces problèmes. »



« Fiabilité à toute épreuve », disiez-vous ? Mais pas à celle des faits : vous ne pouvez l'ignorer, ces mêmes Pays-Bas viennent de retirer l'agrément à NEDAP[2] et sont sur le point d'imposer le retour au vote papier dans tous les bureaux de vote du Royaume, suite aux travaux d'une commission indépendante qui a démontré l'absence de fiabilité et de sécurité de ces systèmes informatisés et prôné la réintroduction des urnes traditionnelles.

Dans le même temps, par un curieux hasard, le site web de France Election, l'importateur français des ordinateurs NEDAP, est « en maintenance » depuis près d'une semaine et donc indisponible. La maladie diplomatique ferait sourire si le malaise n'était aussi flagrant et le sujet n'était d'importance.



Monsieur le Maire, la ville d'Antony, aux destinées de laquelle vous avez aujourd'hui l'honneur de présider, utilise massivement un système qui ne garantit pas une démocratie transparente et sincère. Les rideaux de fumée lancés par les fabricants pour masquer les graves travers des produits qu'ils commercialisent tombent aujourd'hui un à un, pays par pays. Vous ne pouvez continuer à ignorer les multiples dénonciations qui, à travers le monde entier, démontrent la suspicion que les votes informatisés font planer sur notre démocratie.

Aussi, par la présente, je viens vous demander de renoncer sans délai aux ordinateurs de vote que vous avez installés dans notre ville.

Dans l'attente de vous lire, je vous prie de croire, Monsieur le Maire, en l'assurance de ma respectueuse considération.

Etienne Fillol.

Notes

[1] dont la directrice de la communication n'est autre que Sophie Devedjian, femme de...

[2] L'Irlande avait fait de même auparavant

jeu
18
oct ' 07

Qui veut gagner des millions (en liquide) ?


Partenaires.

Sociaux.

Vous ne trouvez pas que cette expression prend ces jours-ci un tour particulièrement savoureux ? Non ? Vous ne voyez pas ? Je vous aide : le MEDEF/IUMM et la CGT sont des partenaires (sociaux). Le MEDEF et la CFDT sont des partenaires (sociaux). Le MEDEF et FO sont des partenaires (sociaux)[1]. Est-ce plus clair ainsi ?

Au début de cette rocambolesque affaire « Denis Gautier-Sauvagnac[2] », il me revient en mémoire deux des leitmotivs de la campagne de Ségolène Royal : « Je veux réconcilier les français avec l'entreprise » et « Il faudra créer en France un syndicalisme de masse, pourquoi pas par une adhésion obligatoire au syndicat de son choix » : Grâce au financement patronal, il semble que cette adhésion puisse devenir gratuite. Pas sûr toutefois que les conclusions de l'enquête en cours débouchent pour nos concitoyens sur un amour immodéré du patronat et une adhésion spontanée au discours de nos représentants syndicaux.

Quoi qu'il en soit, je suis frappé de la vitesse à laquelle les informations tombent dans cette enquête : À l'IUMM/MEDEF, on se met à table avec une délectation non feinte : Des fois que l'enquête patine un peu, reconnaissez que ce serait dommage, l' accusé précise lui-même et sans délai le coffre de banque dans lequel ces messieurs de la police voudront bien trouver quelques petits millions en liquide. Dites, vous ne pensez tout de même pas que certains auraient intérêt à ce que ces informations sortent ? Par exemple pour discréditer des organisations de salariés ? Non, ce serait impensable.

Et notre Laurence Parisot de jouer la vierge effarouchée : « Côôôôment ? Des sommes en liquide qui s'évaporeraient d'une organisation patronale ? Mais vous n'y pensez pas, ma chèèèère !? Diable, dans quel but ferions nous cela ? Non c'est inimaginable. etc. » Certes, tous ses prédécesseurs depuis le XIXème siècle (morts inclus) jurent leur grands stock options dieux que cela s'est toujours passé ainsi, que de temps immémoriaux les patrons arrosent qui de droit au gré de leurs intérêts, mais notre chouette éberluée du MEDEF, elle, tombe des nues et pousse des cris d'orfraies à la simple évocation qu'une pareille ignominie puisse exister. De Laurence Parisot et d'Yvon Gattaz, lequel des deux ment ? Messieurs les enquêteurs, il va falloir trancher. Pour ne rien vous cacher, j'ai une petite idée de la réponse.



Tiens, c'est bien simple : que le MEDEF puisse verser sous la table des millions aux syndicats comme prix de leur conscience, cela dépasse l'entendement : ce serait un peu comme si la présidente du MEDEF dirigeait un institut de sondages qui fournirait des enquêtes favorables aux réformes voulues par ledit MEDEF : ce serait proprement scandaleux, mais heureusement dans notre bonne vieille France démocratique, nous sommes à l'abri de cela[3].

Toujours est-il que nos journaux évoquent abondamment les éventuels destinataires de ces millions : syndicats, partis politiques et lobby individuel sur des parlementaires pour gagner quelques amendements favorables aux industriels. Je ne sais pas vous, mais je trouve surprenant que, dans cette liste, l'on n'évoque pas les journalistes eux-mêmes et la presse en général comme destinataires possibles de ces millions patronaux. Ne serait-ce pas un bon placement qu'un petit lobbying financier sur des journaux comme « le Monde » ou « Libération » en gage d'articles favorables ? Hypothèse gratuite bien sûr, mais puisque nos journaleux en sont à évoquer des pistes, autant leur en suggérer de nouvelles[4].



En tout cas, les représentants dûment mandatés du blog à quatre mains tiennent à préciser ici solennellement que jamais ils n'ont touché un seul centime du MEDEF pour rédiger un article favorable au patronat français. Ils se déclarent prêts à recevoir ces messieurs de la police pour toute question à ce sujet.

Pas sûr que tous en France soient aussi sereins devant une telle hypothèse[5].

Notes

[1] Liste à vérifier et à compléter.

[2] Un patronyme qui fleure bon l'héritier d'usine familiale au XIXème siècle. Cette homme là était fait pour être Maître des Forges.

[3] Précisons ici pour que l'explication soit la plus claire possible : pendant que l'IFOP annonce que 61% des français ne trouvent pas justifiée la grève du 18 octobre 2007, une autre entreprise de sondages publie en même temps une enquête qui montre que cette action syndicale est rejetée par seulement 26% des sondés ! Voilà une marge d'erreur aussi épaisse qu'une valise de billets.

[4] Il est toujours étonnant de voir ce systématisme avec lequel les médias français se détournent des problèmes qu'on leur présente pour s'engouffrer dans un détail de l'affaire en cours. Pour ne parler que d'exemples récents : Clearstream ? Au lieu d'enquêter sur l'énorme blanchisserie mondiale mise en place, les journaux français s'excitent depuis des mois sur les magouilles de bas étage entre Villepin et Sarkozy, détail insignifiant. EADS ? Les médias ne parlent plus du tout de délit d'initié, mais cherchent à comprendre comment l'État a pu laisser faire ça : bye bye les magouilles de Lagardère et autres cadres d'EADS, la seule question qui vaille serait de savoir si Thierry Breton « savait » : l'État au banc des accusés en lieu et place des délits privés. Les médias français le démontrent tous les jours : ce qui les intéresse, c'est l'affairette aux confins de l'affaire majuscule. Regardez comme dans l'affaire Gautier-Sauvagnac ils s'acharnent à fouiller dans les poubelles des syndicats avant même de dénoncer le seul dont on soit sûr qu'il ait trafiqué : le patronat et DGS lui-même !

[5] Aucun rapport avec le billet du jour bien sûr, mais... bon anniversaire Monsieur d'Aviolo !

sam
13
oct ' 07

Alliot-Marie ou la transe cybérienne


Dans un entretien au journal le Monde, la Ministre de l'Intérieur a ses mots : « La vidéosurveillance est une nécessité face au terrorisme, et un atout contre l'insécurité. Je veux la développer. Je compte donc tripler le nombre de caméras en moins de trois ans, d'ici à fin 2009, sur la France entière. »[1]

Après avoir du lutter tout l'été contre les nacelles fugueuses des Luna Park de Saint-Germain-en-Laye, puis en septembre contre le strabisme de chiens qui confondaient bras des ch'tit' nenfants et baballe-au-médor, la voilà qui a enfin trouvé un sujet à sa hauteur : surveiller le manant au moyen d'iris électroniques installés à tous les coins de rue.



Seulement voilà. Les faits sont têtus. Et dans leurs délires orwelliens, Alliot-Marie et ses amis oublient un très léger détail. Oh! trois fois rien, une broutille, une peccadille, un pas-grand'chose, une carabistouille sans conséquence : La vidéo-surveillance n'a absolument aucun effet sur la sécurité. Avouez qu'il était à peine utile de le relever tant ce détail était insignifiant...

La vérité, c'est que la droite affirme gratuitement que « les caméras ça marche ». Gratuitement et en se gardant bien de s'appuyer sur des chiffres. Et pour cause. Populiste invétéré, le gouvernement Sarkozy/Fillon profite d'un malheureux mort italien dans le métro parisien pour jurer qu'avec des caméras, ce ne se serait pas passé comme ça, que là ou la vidéo-surveillance règne, la délinquance recule. La preuve ? MAM nous invite à regarder ce qui se passe à Londres, capitale mondiale de la surveillance[2] avec des dizaines de milliers de caméras installées. Obéissant comme vous me connaissez, je suis donc allé sur le site de l'Evening Standard (qui n'est pas exactement un journal subversif) pour y lire la démonstration de l'effet parfaitement nul de la vidéo-surveillance sur les chiffres de la délinquance : Les Libéraux Démocrates (qui ne forment pas à proprement parler un parti marxo-guevariste) a exigé et obtenu de l'Assemblée Londonienne la réalité des chiffres. Résultat : 4 des 5 quartiers les plus équipés en caméras ont un taux d'élucidation inférieur à la moyenne ! D'une manière générale, sur l'ensemble des quartiers et malgré les 200 millions de livres dépensés, pas le moindre lien entre vidéo-surveillance et élucidation, y compris dans les quartiers où le nombre de caméras est proche de zéro.

Vous me direz que si l'installation de caméras n'a pas de conséquence sur l'élucidation des crimes, peut-être a-t-elle un effet dissuasif sur la délinquance elle-même ? Le problème c'est qu'à Londres, la criminalité n'a cessé d'augmenter ces dernières années. Décidément, les chiffres n'arrangent pas les tenants de la surveillance rapprochée.

Alors, bien entendu, notre MAM nationale a son deuxième couteau en poche : la vidéo-surveillance serait l'arme fatale contre le terrorisme. Ben voyons ! Depuis des années, Blair a vendu la sur-sécurité à ses compatriotes sur ce thème. Bush avait fait de même depuis 2001. Sarkozy nous a joué la même partition au moment de ses lois liberticides sur la sécurité intérieure en 2003. Et alors? Toujours les mêmes risques terroristes et toujours les mêmes attentats. Et vous savez le plus « drôle » ? La première caméra au Royaume-Uni a été installée en 1972. Sous quel motif ? Le risque terroriste de l'IRA ! Comme quoi, la démagogie facile n'a ni âge ni frontière.

L'homme est par essence même partagé entre le besoin de liberté individuelle et l'intérêt collectif qu'impose la vie en société et qui prend la forme de lois ou de notions sécuritaires. Il est frappant de voir que les libéraux, si prompts à défendre la circulation sans entrave des capitaux et des marchandises ou fustiger les lois qui « pèseraient » sur les français, adoptent l'attitude exactement inverse à l'égard des hommes : frein systématique à l'immigration et surveillance toujours plus poussée des faits et gestes des citoyens. La droite a trouvé son slogan : liberté pour l'argent, contrôle pour les autres.

A ceux qui trouvent abusif que je fasse référence à une société orwellienne, je recommande qu'ils cessent de se voiler la face : Dans 1984, les citoyens se faisaient rappeler à l'ordre par les caméras ? Ces matériels parlants existent déjà et ont été installés dans plusieurs villes d'Angleterre. Pire encore, là où le citoyen a l'impression d'une surveillance anonyme, les recherches en matière de « photométrie stéréo » progressent à grand pas et permettent l'identification faciale : on ne surveille plus une foule mais chaque citoyen. Sans parler que, comme dans « Minority Report », il existe des logiciels d'analyse du comportement qui prétendent détecter automatiquement les attitudes suspectes et anticiper certains évènements.

Alors au final, la seule question qui vaille, c'est de savoir si nous sommes prêts à abandonner nos libertés individuelles sans pour autant améliorer notre sécurité collective.

En attendant, il ne nous reste plus qu'à potasser notre novlangue.

Notes

[1] Le triplement des caméras a déjà eu lieu : ce sont celles qui suivent avidement et servilement Sarkozy dans le moindre de ses déplacements.

[2] On estime qu'un londonien est en moyenne filmé trois cents fois par jour.

sam
06
oct ' 07

Lettre ouverte à Michel Dubost, évêque d'Évry


Monsieur,

Les choses sont rentrées dans l'ordre hier, 5 octobre 2007. Vers 19 heures, les CRS se sont massés devant l'église Saint-Paul de Massy et les cinq cents sans-papiers qui l'occupaient depuis le mois d'avril ont été expulsés. A votre demande, des hommes en armes ont donc chassé des indigents de la maison de Dieu. Tel était votre bon vouloir, à vous qui en avez appelé à la force pour faire place nette derrière les vitraux. Dans cette enceinte, des hommes avaient cru être à l'abri. Il savent aujourd'hui que leurs femmes et leurs enfants n'étaient à l'abri de rien. Surtout pas de votre pleutrerie d'ecclésiastique embourgeoisé, vous qui, sans trembler, avez dénoncé ces faibles aux autorités; vous qui, au nom de la tranquillité des chrétiens locaux avez demandé que la justice vous débarrasse de cette horde d'infidèles. C'est aujourd'hui chose faite et vous vous êtes félicité de ce que l'église fût enfin « rendue à sa destination première qui est la prière ».

Puisque votre lecture des évangiles vous pousse à considérer que les derniers le resteront, puisque le code de la nationalité vous importe plus que les commandements divins, puisque Saint-Brice vous éblouit plus que Saint-Jean et Saint-Luc réunis, puisque vous renouez avec la tradition collaborationniste de l'Église de Rome, aujourd'hui on le sait : Le Christ aurait occupé votre maison que vous l'en auriez chassé. Oh! pas vous-même bien entendu : vous auriez fait appel aux centurions, la lâcheté est toujours jusqu'au-boutiste. Quoiqu'il en soit, j'ose espérer que Dieu est doté de plus d'humanité que vous et qu'il vous tiendra grande rigueur d'une telle félonie.

N'être que la moitié d'un homme, c'est n'avoir pas d'honneur, mais cela ne dispense pas d'avoir un cœur. Que vous manquiez de ceci et de cela montre que vous n'êtes pas même la moitié de la moitié d'un homme. Mais parce que, même sans honneur, même sans coeur, le quart d'un homme reste debout, « Michel Dubost », ce nom de rien qui est le vôtre, restera dans le langage universel comme un synonyme « d'homme couché ».

Que vous déshonoriez une Église qui, depuis la nuit des temps, préfère flatter la foi des nantis qu'apaiser la souffrance des pauvres, peu me chaut. Mais que par votre nationalité et votre position, vous donniez à penser que les habitants du pays qui est le mien ne soient pas capables d'être du côté des plus faibles, voilà qui est trop.

A présent je peux vous le dire : « Monsieur », ce mot que l'on donne par habitude à tous les hommes, j'ai hésité à vous en faire l'honneur en introduction de ce courrier, vous qui n'êtes un homme que par le hasard de la génétique.

lun
01
oct ' 07

Socialiste ma non troppo


Comme son nom l'indique, l'Hebdo des Socialistes est cette petite brochure au format A5 que les militants du Parti reçoivent chaque semaine dans leur boite aux lettres. Mise en page très correcte, pas trop de fautes d'orthographe, de belles photos avec des légendes très réussies, des textes sans passion, des témoignages de peu d'envergure. Bref, le parfait journal du militant.

Cette semaine, en couverture, le visage de Laurent Joffrin, auteur d'une double page à l'adresse des encartés de Solférino : « Socialistes, réveillez-vous », dans laquelle, fidèle à ses éditoriaux quotidiens à la gloire de l'intelligence de Nicolas ou la beauté de Cécilia, il harangue les foules de gauche en tentant de les convertir à l'impérieuse compréhension des bienfaits du libéralisme.

Double page donc et simple imposture[1]. Toujours la même pensée[2], rabâchée, récitée par cœur, comme un jouet mécanique : une gauche moderne est une gauche de droite.

Rapidement, Joffrin nous fait comprendre que tout petit déjà, le gauchisme le turlupinait : il décrit son entrée dans une section parisienne du PS par ces mots : « J’arrivais là après Claude Estier, Daniel Vaillant, Jean Peyrelevade mais avant Lionel Jospin et Bertrand Delanoë. ». Autant dire que Monsieur n'entendait fréquenter que du socialiste fréquentable, c’est-à-dire terriblement compatible avec l’économie de marché. La suite est à l'avenant, démonstration pseudo-historico-scientifique de l'intérêt de rallier les tenants d'un néo-libéralisme mondial : « les socialistes doivent proclamer, une fois pour toutes et expérience faite, que la grande querelle philosophique du début de siècle ouverte par Bernstein contre les marxistes orthodoxes a été tranchée par l’histoire et que Bernstein avait raison. ». Ah oui ! Parce que, suis-je donc bête, je n'avais pas remarqué que depuis 1981, le PS menait systématiquement des politiques de type communiste révolutionnaire : Fabius, Rocard, Bérégovoy, Jospin : autant de Premiers Ministres qui ont imposé le maoïsme dans les écoles primaires et Engels dans le secondaire !

Pauvre Laurent Joffrin qui partage avec Ivan Rioufol cette phobie du communiste au point d’en voir partout. A titre personnel, je n'ai jamais vu qu'une seule querelle autour du marxisme ait jamais agité la moindre section du parti socialiste, mais Joffrin et ses amis restent persuadés que les militants sont en réalité des infiltrés de la LCR qui attendent dans l’ombre le Grand Soir.

Alors au final, il en ressort que la droite et la gauche, c'est du pareil au même : seul le pragmatisme sort vainqueur du combat politique (« Si la baisse du chômage passe par une réforme du marché du travail et un encouragement de l’entreprise, faut-il s’en priver parce que ces moyens d’action ne figurent pas dans l’arsenal habituel des socialistes ? »[3]). Ca ne vous rappelle pas quelqu'un ? Ô grand Sarkozy !

Heureusement, il y a des « socialistes » qui savent manier le libéralisme[4] : Prenez ce valeureux Jose Socrates qui, à défaut d'être sélectionné dans l'équipe brésilienne de football ou d'enseigner la philosophie à Platon, passe pour un homme de gauche dans son pays, le Portugal : Et bien ce brave socialiste était très fier, es qualité de président actuel de l'Union Européenne, d'annoncer aujourd'hui qu'un accord avait été trouvé pour ouvrir à la concurrence le courrier postal ordinaire. Il est vrai qu'il y a trois jours, c'était Jean-Pierre Jouyet, le hollando-deloriste du gouvernement Sarkozy-Fillon[5], qui hennissait lui aussi de joie à l'idée de la libéralisation du service postal.

Quant à DSK, il est maintenant chef des libéraux du monde entier et Pierre Moscovici en est très fier et prétend entrainer tous les socialistes dans sa fierté. Fuck you, my dear.

Mais revenons à la double page de l'alcoolique libéré dans la feuille de chou du PS. Ce qui est le plus intéressant, ce n'est pas ce qu'écrit Joffrin, somme de platitudes maintes fois entendues, mais bien que la rédaction de ce journal militant décide d'offrir une telle tribune. D'aucuns y verront la confirmation de la dérive droitière du Parti Socialiste. Ce n'est pas entièrement faux. Mais renversons le regard : si la direction du parti ressent le besoin d'enfoncer encore et encore le clou du socio-libéralisme, comme avec cet article archaïco-joffrinesque, c'est bien qu'ils n'ont pas réussi à convertir une majorité de militants, c'est bien qu'ils ont toujours besoin de convaincre des adhérents qui ne pensent pas que gauche et droite sont deux faces différentes d'un même pragmatisme, c'est bien qu'ils ne sont pas certains de leur victoire libero-centriste au prochain congrès.

Alors, socialistes, soyez fiers et faites œuvre de militance en ne ployant pas sous le joug de la dérive centriste : à gauche, citoyens !

Notes

[1] De la part d’un homme qui se promène dans paris avec un nom qui n’est pas le sien, quoi de plus logique ?

[2] Façon de parler : au vrai, il y a autant d'intelligence dans la pensée de Joffrin que dans un compte-rendu de fin de soirée d'une réunion des Alcooliques Anonymes de la banlieue sud de Guingamp.

[3] Il est vrai qu’en matière de marché du travail, le Joffrin-Mouchard en connaît un rayon, lui qui est arrivé à la tête du quotidien d’Edouard de Rothschild pour virer des dizaines d’employés et réduire le droit de regard des journalistes sur la ligne du journal : reconnaissons avec lui que cela ne fait pas partie de l’arsenal du socialisme…

[4] ... comme Bernard Laporte sait manier la lettre de Guy Môquet.

[5] L'un des cinq hommes cités dans cette phrase n'est pas de droite, sauras-tu le reconnaître ? Attention il y a un piège...