De cette vie, il avait fait sept vies
Par Etienne FILLOL, vendredi 26 janvier 2007 à 11:04 :: culture
Je sais, je vais passer pour iconoclaste en venant ici parler d'un homme de centre-droit non d'un socialiste bon-teint. D'un poète plus que d'un énarque. Il se trouve que j'ai une immense faiblesse : celle de l'admiration sans limite que je porte à Jean-François Deniau, académicien, diplomate, homme politique, grand amoureux de la mer et des bateaux.
Bien sûr, l'UDF n'est pas mon idéal -euphémisme s'il en est- et le giscardisme est mort, Dieu soit loué. Mais qu'importe puisque l'incomparable talent de l'homme avait choisi de s'éloigner de l'agitation politique pour assouvir ses besoins de littérature et de voyages...
De l'Erythrée à l'Indochine, de l'Afghanistan à l'Amérique du Sud, l'homme baroudait, le poète écrivait, le fils d'australienne rêvait. Rien ne l'arrêtait, pas même la maladie. La mort l'avait tant frôlé, si souvent, qu'un misérable triple pontage cardiaque ne pouvait l'empêcher en 1995 de traverser en solitaire l'Atlantique à la voile.
Il élevait la politique, comme dans cet incroyable préambule au traité de Rome qu'il avait rédigé en 1957 et dont il ne verra pas les festivités accompagnant le cinquantième anniversaire, en mars prochain. Le destin est cruel, penserez-vous ? Je ne le crois pas, l'homme est parti avant de devoir cautionner ce qu'est devenu l'idéal européen, dévoiement absolu de l'idée originale de ses pères fondateurs.
Je suis un peu orphelin depuis hier, depuis que je sais qu'attendre le dernier livre de cet incomparable conteur est devenu vain.
Si « l'Atlantique (était son) désert », son absence est est un peu le mien.
Jean-François Deniau, 1928-2007
