Le vent du nord
Par Etienne FILLOL, samedi 16 septembre 2006 à 15:50 :: politique
Lens, au coeur de ce Nord historiquement gaucher, a été le théâtre d'un défilé de prétendants socialistes. Embryon de débat démocratique, cette réunion des socialistes du Pas-de-Calais constituait pour être plus exact une présentation à la chaîne des candidats.
Un peu étrange sur la forme[1], l'évènement n'en n'a pas moins été éclairant.
Au vrai, l'évènement, c'est que, pour la première dans doute depuis des mois, la vedette du jour n'a pas été Ségolène Royal : Malgré tous ses efforts pour se démarquer et s'en tenir à une intervention minimale qui, jusqu'ici, lui permettait de faire « la une », elle n'a cette fois pas retenu l'attention. Comme à la Rochelle, elle s'est contentée d'être la première intervenante puis s'est éclipsée, laissant les autres entre eux. Décidément les réunions socialistes ne lui conviennent guère. Son discours a été conforme à l'habitude; de Frangy à Lens, de la Rochelle aux journaux télévisés de 20 heures, l'objectif restant toujours le même : placer ses expressions fétiches « désir d'avenir », «intelligence collective », « valeurs », « famille »[2]. Cela ne suffit visiblement plus.
A l'évidence, aujourd'hui à Lens, c'est Laurent Fabius qui a marqué les esprits : discours remarquablement offensif à l'égard de la droite, pulvérisation efficace de Sarkozy, capacité oratoire hors du commun, positionnement politique nettement à gauche et explication convaincante des différences d'appréciation des candidats sur des sujets comme la carte scolaire, la laïcité ou le pouvoir d'achat. Fabius a « retourné » les 2.500 militants du stade Léo Lagrange en démontrant une vraie vision de la bataille qui s'annonce : Alors que Ségolène caracole en tête des sondages, que Martine Aubry et Jack Lang étaient les régionaux du jour, que Jospin est traditionnellement apprécié dans le Pas-de-Calais, c'est objectivement Fabius, pourtant en situation de faiblesse, qui a raflé la mise en se faisant ovationner par les militants.
Quoiqu'il en soit, les choses sont à présent évidentes : les sondages ne suffiront plus à Royal, elle qui, selon IPSOS, dans les intentions de vote[3] du premier tour, est tombée de 30% en mai dernier à 29% en juin et juillet, puis 28% en août et 27% en septembre.
Et si au PS le vent avait tourné ?
Notes
[1] Chaque candidat devait parler seul dix minutes et répondre à des questions pendant un quart d'heure. En réalité, les questions (soi-disant tirées au sort, mais en réalité de toute évidence choisies) n'ont pas excédé sept à huit minutes par orateur
[2] En dix minutes : neuf occurrences du mot « famille », mais pas la moindre allusion à la « laïcité ».
[3] Ce qui est très différent des sondages de popularité.