Le décentralizozoteur

Surprise de cette fin d'été, Nicolas Sarkozy est un adepte de la décentralisation. Lui qui ne rêve que de tenir tous les pouvoirs dans sa main, jouant dans son salon avec la carte de France comme le dictateur de Chaplin, reconnaît pourtant des situations où le pouvoir local doit se substituer à celui de l'État. J'en veux pour preuve sa dernière sortie sécuro-immigrationniste à propos du squat de Cachan : « Quand j’ai fait évacuer le squat et qu’ils se sont mis à occuper le trottoir, j’ai fait évacuer le trottoir, mais le maire socialiste a décidé de les accueillir dans un gymnase et maintenant, c’est son problème ». Non, cher lecteur, tu ne rêves pas : Cet homme qui aspire à diriger le pays se lave les mains des cinq cents personnes (sur)vivant depuis deux semaines dans des conditions déplorables dans un gymnase du Val-de-Marne, après qu'il les a lui-même expulsées sous prétexte de les protéger d'un danger immédiat. Pas son problème. Pas le temps. Débordé. Passé à autre chose.

L'écono-sophiste

En effet, une visite auprès de ses amis du MEDEF l'a incité à basculer du côté socio-économique de la force. C'est décidé, petit jedi du libéralisme, il va faire étalage de son niveau de connaissances en économie : « La justice, ce n’est pas que tout le monde gagne la même chose, c’est que, quand on travaille plus que les autres, il est normal qu’on gagne plus que les autres »[1]. Typique des petites phrases récurrentes du candidat UMP, ce sophisme de très belle facture a pour but de faire croire que son auteur a des convictions fortes, tout en ne disant rien, ou son contraire, ou les deux à la fois.[2]

Enhardi par sa propre audace, le voilà qui lance à propos des 35 heures : « La France ne s'est pas encore remise du choix historiquement stupide qui veut faire croire qu'en travaillant moins on peut gagner davantage. ». C'est beau comme du Baudelaire. Sauf que le poète puisait son génie des substances illicites qu'il s'administrait alors que Sarkozy le tient d'un hamburger avarié qu'il aurait ingurgité trop rapidement. Ce raisonnement pseudo-économique va à l'encontre de toutes les études économiques sérieuses sur ce sujet (voir le détail sur le blog d'Olivier Bouba-Olga). Avec Sarkozy, l'économie flirte avec le paranormal.

Le démocrate

Mais rien ne l'arrête. Devant une assistance de patrons ravis, admirez son courage à fustiger les syndicats : « Je souhaite que lorsqu’il y a une grève dans une entreprise, dans une université ou dans une administration, on organise dans les 8 jours un vote à bulletin secret pour en finir avec la dictature de certaines minorités ». Outre que cette idée présente le handicap majeur d'être anti-constitutionnelle (elle porte atteinte au droit de grève, qui est individuel et non collectif, comme le voudraient Sarkozy et chefs d'entreprises réunis), nous avons encore là un exemple typique de la rhétorique sarkozyste : un coup d'oeil rapide fait croire qu'il dispense un peu plus de liberté -les ouvriers acquièrent un nouveau droit de vote-, une lecture plus attentive montre au contraire qu'il réduit le droit des citoyens : celui, fondamental, qui permet à une minorité de faire grève[3].

Le sarkozium tremens est un trouble neurologique sévère qui se caractérise par un état hypnotique et agité, une confusion mentale provoquant de fréquents délires oratoires et un comportement agressif répété. Une seule solution : votez !

Notes

[1] Notez au passage l'admirable construction grammaticale de cette phrase prononcée par un homme qui se dit avocat. Quelqu'un a-t-il pensé à vérifier que le diplôme de Sarkozy n'était pas bidonné ?

[2] N'épiloguons pas : si les salaires ne dépendaient que de la quantité de travail, cela se saurait et un grand patron ne gagnerait alors pas cent fois ce que gagnent ses ouvriers, sauf bien sûr à imaginer qu'il travaille 35x100=3500 heures par semaine.

[3] Imaginons une entreprise de 500 personnes dont 20 seraient notoirement exploitées : Sarkozy ne voit pas d'obstacle a retirer le droit de grève à ces derniers sous prétexte qu'il leur manquerait 230 voix !